La douce empoisonneuse

par

Un humour noir comme un poison, une fable tragi-comique

L’humourd’Arto Paasilinna est basé sur un second degré mordant et la mise en place desituations dépeintes au vitriol par une plume acerbe et ironique. Chacune desanecdotes qu’il propose est en réalité un moment de dérision, du moment quel’on sait discerner son utilisation permanente d’un humour noir et acide.

Lecynisme permanent de l’auteur permet à son lecteur d’apprécier la combinaisonde situations en temps normal tristes, appelant à la compassion – par exempleles atteintes portées à la personne de Linnea, le sort de cette vieille dametranquille n’étant pas des plus enviables – et d’une légèreté de la narration,propre à créer une suite d’anecdotes prêtant finalement à rire. En effet, parexemple, lorsque le tragique de sa situation pousse Linnea à envisager unsuicide, elle compare la préparation de son poison à un petit passe-tempsagréable : « Concocter une mixture mortellepourrait aussi être une activité beaucoup plus passionnante que le macramé oula peinture sur porcelaine. »

L’évolutionde la situation de la vieille dame dans le récit est pour le moins humoristique :la veuve, au départ si malmenée et vilipendée par son neveu dépravé, voitfinalement les rôles s’inverser. Le jeu du chat et de la souris auquel semblentparticiper les protagonistes prend finalement la tournure opposée à lasituation de départ, puisque ce sont les poursuivants – Kauko Nyyssönen et sabande – qui deviennent finalement les dindons de la farce. L’âge de la vieilledame est sans aucune doute une source de rire ; le lecteur est poussé à sedemander quelles sont ses ressources, au départ, face à une bande de jeunesgens désinvoltes, sans foi ni loi. L’image de la grand-mère brandissant sonrouleau à pâtisserie et rossant une bande de jeunes loubards ivres s’impose immanquablementà l’esprit.

« Il aurait été plus équitable,selon Kake, d’indexer la durée des peines pour crimes de sang sur le nombred’années de vie qu’il restait au défunt. Autrement dit, si l’on mettait fin auxjours d’un bébé qui aurait pu vivre encore soixante-dix ans, une condamnation àdix ans de taule, si ce n’est plus, paraissait raisonnable. Si on zigouillaitun vieux birbe, par contre, une amende aurait dû suffire, car le dommagen’était pas bien grand. »

Si l’onsimplifie la situation, les « méchants » sont punis et ridiculisés,tandis que celle qui semblait faible et à bout de forces trouve de nouvellesressources pour parvenir à ses fins et défendre chèrement son petit bonheur. Parlà, le récit acquiert une dimension de fable – une fable pleine d’humour quipropose une version décapante du conflit entre les générations.

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