La jeune fille à la perle

par

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Tracy Chevalier

Tracy Chevalier est une
écrivaine anglo-américaine née en 1962
à Washington, D.C., mais ayant vécu sa vie d’adulte en Angleterre. Son père
était photographe pour The Washington
Post 
; elle a huit ans lorsque sa mère meurt. Elle a obtenu l’équivalent d’une licence d’Anglais en 1984 à l’Oberlin College en Ohio avant de
partir travailler dans l’édition en Angleterre. Elle travaille d’abord
comme assistance de direction pour des dictionnaires d’art avant de devenir
éditrice de livres de référence pour St. James Press. En 1993 elle commence à étudier l’écriture
créative
à l’université d’East Anglia à Norwich, dans l’Est du pays, où
elle décroche un diplôme de master. Parmi ses professeurs figurent les écrivains
anglais Malcolm Bradbury (1932-2000) et Rose Tremain (1943-).

 

Sa première œuvre, entre l’enquête policière et le roman historique, La Vierge en bleu (The
Virgin Blue
), paraît en 1997.
Elle raconte l’histoire d’Ella Turner, une Américaine qui déménage avec son
mari dans le Sud de la France, où son mari architecte a été muté et où elle
espère pratiquer en tant que sage-femme et fonder une famille. Mais dans son
nouvel environnement et malgré ses racines françaises elle se sent seule et se
met à rêver de scènes médiévales impliquant
une robe bleue, en relation avec ses
ancêtres huguenots, et c’est le début d’une quête pour la jeune femme qui se
met à remonter dans son arbre généalogique. Au gré d’allers-retours entre le présent et le passé, l’histoire d’Ella est
racontée en parallèle de celle d’Isabelle du Moulin, qui vit trois cents ans
plus tôt, une paysanne elle-même sage-femme, mariée à un homme tyrannique. Le
couple fait partie d’une secte calviniste anticatholique qui rejette le culte
de la Vierge et Étienne, l’époux, soupçonne sa femme de sorcellerie pour sa
ressemblance avec des tableaux représentant une Vierge rousse comme elle. Au
fil des recherches qu’entreprend Ella pour comprendre ses rêves, aidée d’un
étrange bibliothécaire, elle se découvre des ressemblances frappantes avec la
sage-femme du XVIe siècle.

Mais c’est son deuxième
roman, publié en 1999,
qui lui vaut un succès
international
, La Jeune Fille à la perle (The Girl with a Pearl Earring), qui lui est dicté par sa
passion pour les œuvres de Vermeer et sa fascination devant le regard du modèle
de La Jeune Fille à la perle, un des
tableaux les plus connus du peintre néerlandais. Il raconte l’histoire, au XVIIe siècle, de Griet, une
jeune fille néerlandaise de seize ans que la situation de sa famille, protestante, pousse à travailler comme
bonne pour la famille catholique du
peintre Vermeer, et ce d’une façon très réaliste bien que le personnage soit
fictif. La jeune fille se distingue par son regard particulier, une attention
poussée aux détails, qui lui vaut d’être remarquée par le peintre. Elle ressent
aussi fortement les injustices qu’elle subit dans le cadre de son travail mais
elle se sent contrainte par le devoir d’aider les siens. L’œuvre ne repose pas
sur une intrigue bien ficelée ou à rebondissements mais sur une atmosphère mêlant la vie d’un foyer néerlandais de l’époque,
des descriptions saisissantes des
peintures de Vermeer
et de son processus
créatif
– jusqu’à la préparation des pigments qu’il utilisait et
l’attention portée à la position de ses modèles – et l’observation des rapports de force entre des personnes de conditions, de
sensibilités et de religions différentes.
Le roman sera traduit dans près d’une quarantaine de langues et fera l’objet en
2003 d’une adaptation cinématographique de
grande ampleur par Peter Webber, nominée dans trois catégories aux Oscars, avec
les acteurs Colin Firth et Scarlett Johansson dans les rôles-titres.

Paru en 2001, son troisième roman, Falling
Angels
(Le Récital des anges), met en scène deux familles très
différentes de l’époque victorienne,
et ce à compter de la mort de la reine Victoria en 1901 et pendant presque une
décennie, au tournant du siècle et au moment de l’avènement de l’époque
édouardienne donc. Les deux familles sont rapprochées par l’amitié entre leurs
deux fillettes. Tandis que l’une des deux mères de famille apparaît
avant-gardiste, s’intéressant à la question du droit de vote des femmes, l’autre se satisfait parfaitement des mœurs étouffantes de l’ère victorienne.
C’est donc à la fois l’évolution des rapports entre deux familles et de
l’Angleterre dans le XXe siècle à laquelle le lecteur assiste.

Son roman suivant, The Lady and the Unicorn (La
Dame à la licorne
), paru en 2003, reprend quelque peu le principe de La Jeune Fille à la perle en
s’intéressant à l’histoire que l’auteure imagine derrière la confection de six
tapisseries réelles, datant du XVe siècle, exposées au musée de Cluny
à Paris. En 2009 Remarkable Creatures (Prodigieuses Créatures) a pour point
de départ la découverte de fossiles qui
au début du XIXe siècle changent
le regard des scientifiques sur l’âge et l’histoire de la Terre. Sur cet
arrière-plan historique l’auteure dessine une amitié entre des femmes de conditions et d’âge différents, qui doivent lutter contre les préjugés de classes mais aussi ceux concernant leur sexe, et qui se
retrouvent autour de la chasse et de la collection de fossiles. Les histoires
d’amour sont moins présentes que dans d’autres œuvres de Tracy Chevalier mais
une dimension sentimentale reste bien présente.

The Last Runaway (La
Dernière fugitive
) en 2013 a pour cadre l’Ohio au milieu du XIXe
siècle
, État où l’auteure a étudié, et pour héroïne Honor Bright, une jeune
quaker anglaise tout juste émigrée d’Angleterre aux États-Unis où elle cherche
à s’intégrer après la mort de sa sœur avec qui elle avait fait le voyage. Elle
se marie à un fermier mais va se trouver confronter aux différents problèmes
que son engagement en faveur des
esclaves noirs en fuite
va lui causer, notamment au moment du Fugitive Slave Act de 1850 sur la
coopération des États dans leur capture, et qui prévoie des peines de prison et
des amendes pour toute personne aidant un esclave évadé.

 

Tracy Chevalier est désormais une écrivaine bénéficiant
d’un lectorat international fidèle.
Elle est louée pour la plausibilité de
ses récits, lesquels font toujours revivre
une époque
et apparaissent très bien documentés,
et portés par des personnages
soigneusement portraiturés
, aux personnalités
affirmées
. C’est donc une immersion dans le passé qu’elle propose, souvent
propre à mettre en avant la profondeur des injustices
inhérentes à une époque
, en lien avec les classes sociales ou le sexe,
qu’il s’agisse des Provinces-Unies au XVIIe siècle, de l’Angleterre
du début du XIXe ou de la France du XVIe.

 

 

« Je ralentis le pas.
Toutes ces années passées à aller chercher de l’eau, à essorer des vêtements, à
laver par terre, à vider des pots de chambre, sans espoir d’entrevoir la
moindre beauté, couleur ou lumière dans ma vie, défilèrent devant moi comme une
immense plaine, au bout de laquelle on apercevait la mer sans jamais pouvoir
l’atteindre. S’il m’était plus possible de travailler avec les couleurs, s’il
ne m’était plus possible d’être auprès de lui. Je ne savais comment je pourrais
continuer à travailler dans cette maison. »

 

« Ce n’est pas le
tableau qui est catholique ou protestant, reprit-il, mais ceux qui le regardent
et ce qu’ils s’attendent à voir. Un tableau dans une église est comme une
chandelle dans une pièce obscure, on s’en sert pour mieux voir. Elle est un
pont entre Dieu et nous-mêmes, mais ce n’est pas une chandelle protestante ou
une chandelle catholique, c’est juste une chandelle. »

 

« “Maintenant, regardez-moi.”

Je tournai la tête et le
regardai par-dessus mon épaule droite.

Ses yeux s’immobilisèrent
dans les miens et tout ce qui me vint à l’esprit ce fut que leur gris me
rappelait l’intérieur d’une coquille d’huître.

Il semblait attendre quelque
chose. Mon visage commença à refléter ma crainte de ne pouvoir le satisfaire.

“Griet”, reprit-il
avec douceur. Il n’eut point besoin d’en dire davantage, mes yeux s’emplirent
de larmes. Je les retins, je savais faire maintenant.

“Oui. Ne bougez
pas.”

Il allait peindre mon
portrait. »

 

Tracy Chevalier, La Jeune Fille à la perle (The Girl with a Pearl Earring),
1999

 

« La tapisserie est un art très différent de la peinture,
repris-je. Les artistes qui n’ont jamais travaillé à des tapisseries ne
sauraient le comprendre. Ils s’imaginent que tout peur être agrandi et tissé
tel qu’il l’ont peint. Mais le regard que l’on porte sur une tapisserie est
différent de celui que l’on porte sur un tableau. Un tableau est, en général,
de plus petite dimension de sorte que vous voyez l’ensemble du premier coup d’œil.
Vous ne vous tenez pas tout près, mais à deux ou trois pas, comme si vous
conversiez avec un prêtre ou un confesseur. En revanche, vous pouvez être aussi
proche d’une tapisserie que vous le seriez d’un ami. Vous n’en voyez qu’une
partie et pas nécessairement la plus importante. Par conséquent, aucun motif ne
doit prédominer, mais plutôt se fondre dans un ensemble agréable à
regarder. »

 

Tracy Chevalier, The Lady and the Unicorn (La Dame à la licorne), 2003

 

« J’en arrive à oublier
que les gens voient les fossiles comme des ossements. Ils le sont, en effet,
mais j’ai tendance à les considérer davantage comme des œuvres d’art qui nous
rappellent ce qu’était autrefois le monde. »

 

Tracy Chevalier, Remarkable Creatures (Prodigieuses Créatures),
2009

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