La leçon

par

L’inscription de la pièce dans le théâtre de l'absurde

Le théâtre de l’absurde apparaît en 1950. Ilcrée une rupture avec les genres classiques du drame et de la comédie, etpermet de mettre en avant l’absurdité de la vie qui mène inévitablement à lamort.

Le théâtre de l’absurde possède différentescaractéristiques qui le distinguent généralement et que nous allons étudierdans la pièce à l’étude.

 

A. Refusdu réalisme

 

La pièce ne possède pas d’intrigue au senspropre du terme. Ici par exemple, la pièce de théâtre est sans particularité,on ne discerne pas de trame : il s’agit d’une simple leçon donnée par unprofesseur. Seulement, elle tourne au drame de façon inattendue. La pièceprincipale où se déroulent toutes les scènes ne nous est pas présentée ;nous ignorons où sont les meubles, s’il y en a beaucoup, à quel style ilsappartiennent, etc. Il y a une volonté de désorganisation spatiale. De plus, lanotion de temps est complètement effacée : la leçon pourrait tout aussibien durer dix minutes qu’une heure. Tous ces repères, souvent essentiels auspectateur pour lui permettre de pénétrer un peu l’univers présent sur lascène, sont bannis. La perte de repères temporels et l’absence d’élémentsvisuels perturbateurs offrent l’occasion, pour celui qui observe, de seconcentrer uniquement sur la pièce, les liens entre les personnages et lemessage que l’auteur souhaite faire passer.

 

B. Volontéde créer un spectacle total

 

Le mime, la gesticulation, tout est bon pourmaximiser l’aspect visuel de la scène. Dans les didascalies, l’auteur donneénormément d’éléments aidant à la mise en scène : « Il se lève, sepromène dans la chambre, les mains derrière le dos ; de temps en temps, ils’arrête, au milieu de la pièce ou auprès de l’Élève, et appuie ses parolesd’un geste de la main ; il pérore, sans trop charger ». Ceséléments participent à la dynamique de la scène et plongent le spectateur dansune exagération gestuelle qui permet d’accentuer le comique de la pièce.

 

C. Satired’un trait de la société

 

Ici, on suppose qu’une critique de l’éducationest menée, à travers la le personnage caricatural du Professeur qui, au début,pose des questions très simples et félicite grandement son élève, puis devientde plus en plus dur. C’est l’absurdité du système scolaire qui est mis enavant :

« Parfait. Excellent. Sept etun ? – Huit quater. Et parfois neuf. – Magnifique.Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise. Je vous félicite chaleureusement,Mademoiselle. Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition, vous êtesmagistrale. » Ces traits satiriques, nombreux, permettent nonseulement de faire rire le public, mais aussi de l’inviter à réfléchir auxproblématiques du monde qui l’entoure, de mettre en perspective des modes defonctionnement jugés d’ordinaire évidents, inamovibles.

 

D.Des procédés de langue

 

Le professeur se livre parfois à de mauvaisestraductions : « – Les… comment dit-on roses, en roumain ?– Mais “roses”, voyons.  Ce n’est pas “roses” ?Ah, que j’ai mal aux dents…  Mais non, mais non, puisque “roses”est la traduction en oriental du mot français “roses” en espagnol “roses” voussaisissez ? En sardanapale “roses”… » ; à desrépétitions : « – Répétez, répétez : couteau…couteau… couteau…  – J’aimal… ma gorge, cou… ah mes épaules… mes seins… couteau… – Couteau…couteau… couteau… » ; et à d’autres figures de style tellesque des néologismes, des clichés, l’ironie. Tout comme les gestes, ces procédéspermettent de faire rire le spectateur de l’absurdité des choses par des jeuxde mots et des situations grotesques, caricaturales. La répétition, ledétachement d’un mot, permettent un nouveau regard qu’un langage mieux cousun’autorise pas.

 

Le théâtre de l’absurde a de nombreusescaractéristiques qui l’empêchent d’être confondu avec un registre simplementcomique. Le but n’est pas simplement de faire rire pour faire rire mais d’éveillerquelque chose chez le spectateur ou le lecteur.

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