La légende des siècles

par

Hugo et la religion

Dans le contexte d’une œuvre qui affirmeélucider l’épopée de l’espèce humaine, il convient de discuter quelque peud’Hugo et de la religion. Car il cause des problèmes à ceux qui le lisent,autant à l’époque qu’aujourd’hui. Anticlérical farouche, il rejette l’athéisme ;d’évidence croyant, il présente des positions qui scandalisent l’Église, et sonœuvre presque au complet se retrouve à l’Index, même Les Misérables, oùc’est un évêque qui est à la source de la réforme de Jean Valjean. Plutôt chrétien,il présente une image positive de Mahomet. Il y a donc là une certainecomplexité qui vaut de s’y pencher.

Il faut se souvenir qu’Hugo fait partie de lagénération de 1830, au sein de laquelle un certain panthéisme issu deSwedenborg fait rage. Hugo d’ailleurs est fils de franc-maçon et d’une mère quin’a jamais mis les pieds dans une église. Il ne peut cependant admettre unmonde où Dieu n’existerait pas, ce qui le mène à rejeter les thèses de Darwinen faveur d’une vision biblique de la création. Ce que hait Hugo, c’estl’emprisonnement de la foi par l’Église, et c’est pourquoi il rejettera lesoraisons pour ses funérailles. Croyant en l’âme immortelle, en un Dieucompatissant qui peut lui-même souffrir (et donc avide de l’histoire de Jésus),ainsi qu’en un Dieu force créatrice de l’univers, Hugo offre la Bible pour sescroyances avec La Légende des siècles. Mais il ne résume pas sa quêtespirituelle – qui se renouvelle après la mort de sa fille – à décortiquer lechristianisme. Il lit aussi le Coran et mène son enquête sur les religionsorientales, le druidisme, et le spiritisme auquel il est pendant un certaintemps très attaché.

Hugo possède donc la foi, mais c’est la foi enDieu plutôt que la foi en l’homme ; à l’homme il admet des possibilités,surtout celle du progrès, mais La Légende des siècles souligne sonopinion souvent pessimiste sur l’espèce. L’Église étant composée d’hommes, ellene peut donc être digne de la foi. D’ailleurs, pour Hugo, la plus grande vertuest celle de compatir ; et cela se retrouve rarement dans les rangs del’Église de son époque. Tout en admirant les hommes d’Église vertueux, il nieen somme que l’Église ait une influence nécessairement positive. Ce n’est paspour rien que M. Myriel, l’évêque des Misérables qui est reconnu pourêtre « un juste », est présenté comme étant assez exceptionnel.

C’est donc l’existence d’un Dieu au sens largequi sous-tend La Légende des siècles, plutôt qu’un rite particulier, etqu’il faut accepter pour pleinement comprendre le texte. Car l’existence de ceDieu est, pour l’auteur, aussi évidente que celle de l’univers.

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