La légende des siècles

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Le prophète : « La Vision », « Vingtième siècle », « Hors des temps », « Abîme »

L’autre aspect de l’égoïsme d’Hugo qui peut heurter, c’est ce rôle de prophète qu’il s’arroge tout comme il en vêt la barbe. Mais il est impossible de savoir s’il s’agit là simplement d’un goût ou de la question de vouloir utiliser ses dons : personne au XIXe siècle, du moins en France, n’est capable de la grandeur d’effet d’Hugo. À l’écrit, il peut égaler ce que fait Berlioz dans ses compositions les plus extravagantes. C’est une des cordes à son arc, et comme il peut en jouer comme personne d’autre, il ne s’en prive pas.

Dès le poème censé être le premier de tous, mais qui ne sera publié qu’au début de la deuxième série (bien qu’il prenne sa place dans l’édition collective), Hugo démontre la portée de ses moyens :

 

« J’eus un rêve : le mur des siècles m’apparut.

C’était de la chair vive avec du granit brut,
Une immobilité faite d’inquiétude,
Un édifice ayant un bruit de multitude,
Des trous noirs étoilés par de farouches yeux,
Des évolutions de groupes monstrueux,
De vastes bas-reliefs, des fresques colossales [...]. »

(« La Vision d’où est sorti ce...

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