La parure

par

De l'inutilité du martyre

Maupassant aimait lavie, les femmes, les amis, les journées à canoter sur la Seine au grand soleil.S’il a connu la souffrance, c’est bien involontairement, à la fin de sa vie,quand la maladie le privait de sa raison. Il n’a pas de sympathie pour lemartyre que Mathilde impose à son couple après la perte de la parure et montreà quel point la souffrance à laquelle Mathilde et son mari consentent estvaine.

C’est à dessein queMaupassant fait loger le couple Loisel rue des Martyrs : le nom de la rueannonce ce qui les attend. Lorsqu’elle perd la parure, Mathilde estime avoirfauté, et toute faute exige expiation – n’oublions pas que la jeune femme a étéélevée dans une institution religieuse. Elle vivait déjà la médiocrité de saposition sociale comme une épreuve, et elle se jette maintenant à corps perdudans la macération des tâches ménagères. Elle y perd sa seule vraierichesse : sa beauté. Elle entraîne dans sa déchéance son brave homme demari qui voit sa charge de travail augmenter, sa vie confortable disparaître etses rêves de parties de chasse s’envoler. Cette vie de martyre ouvre-t-elle lesyeux de Mathilde ? Pas du tout : elle reste persuadée que le destinl’a privée de ce qui lui appartenait de droit : la richesse. Maupassant neplace pas une parole de remords dans sa bouche, jamais la pensée qu’elle estresponsable de ce qui lui arrive ne lui traverse l’esprit. Certes, on peutsaluer son honnêteté : elle rembourse à son amie le prix exorbitant d’uneparure de diamants. Elle n’est pas une voleuse, mais cela ne la rend pas pourautant perspicace.

Ce martyre est toutce qui lui reste : il est le prix de son honnêteté. Aussi est-elle fièred’annoncer à Mme Forestier qu’elle a tout sacrifié au remboursement de sadette. Quand son amie lui annonce la vérité et expose alors la vanité de sa souffrance,l’inutilité de son déclassement lui explose au visage. Mathilde Loisel n’a plusrien, pas même son statut de martyre. Si martyr il y a, c’est M. Loisel qui enmérite le titre : il n’est responsable de rien, il n’a cherché qu’à faireplaisir à la femme qu’il aime, il ne fait aucun reproche à Mathilde, et consentà l’accompagner sur le chemin qu’elle a pris.

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