La parure

par

Monsieur Loisel

L’époux de Mathilde est « un petit commis du ministère de l’Instruction Publique ». Maupassant connaissait bien ce genre d’emploi, puisqu’il fut lui-même commis au ministère de la Marine, puis, comme M. Loisel, au ministère de l’Instruction Publique. Il diffère profondément de sa femme en ceci qu’il est parfaitement heureux de sa situation : il n’en changerait pour rien au monde et se complaît dans son intérieur modeste, à mener une vie de famille calme : « Ah ! Le bon pot-au-feu ! Je ne sais rien de meilleur que cela… », s’exclame-t-il devant le repas du soir, tandis que sa femme rêve d’argenterie et de mets raffinés.

Les sautes d’humeur de Mathilde le déconcertent, mais M. Loisel est un brave homme qui aime sa femme et qui est ravi de lui tendre, un soir, l’invitation au bal donné par son ministre. Aussi est-il « stupéfait, éperdu, en voyant que sa femme pleurait ». Il était si content de la rendre heureuse ! Alors, quand Mathilde évoque la nécessaire toilette qu’il lui faudra pour assister au bal, il n’hésite qu’un très court instant : il sacrifie les quatre cents francs qu’il réservait pour son propre plaisir, « pour acheter un fusil et s’offrir des parties de chasse […] avec quelques amis dans la plaine de Nanterre », afin que sa femme ait une robe convenable pour la fête. Et elle sera très jolie, pense-t-il, en complétant sa toilette avec quelques fleurs : « Tu mettras des fleurs naturelles. C’est très chic en cette saison-ci. Pour dix francs tu auras deux ou trois roses magnifiques. » Mais une fois encore, le brave M. Loisel est à mille lieues des désirs de sa femme : ce sont des pierres précieuses qu’il lui faut, car « il n’y a rien de plus humiliant que d’avoir l’air pauvre au milieu de femmes riches ».

C’est lui qui a l’idée de l’emprunt d’un bijou à Mme Forestier. Il emmène sa chère Mathilde à la soirée et, tandis qu’elle danse à perdre haleine, « depuis minuit il dormait dans un petit salon désert avec trois autres messieurs dont les femmes s’amusaient beaucoup ». Ce sera son dernier sommeil tranquille. Quand, de retour à la maison – que Maupassant place rue des martyrs, nom symbole de la souffrance qui marque le couple – Mathilde s’aperçoit de la perte du bijou, il part dans la nuit à la recherche de l’objet égaré, malgré la fatigue. Puis il doit se rendre à l’évidence : les diamants ont disparu. Et le brave M. Loisel sacrifie un petit héritage qui lui vient de son père afin de rembourser la dette qu’a contractée sa femme en perdant le bijou. Il ne lui vient pas à l’idée de se dérober à son devoir d’honnête homme et de mari, et il se condamne à dix ans de travail et d’angoisse quand il faut rembourser les billets contractés pour racheter la parure : en plus de son travail au ministère, il « travaillait le soir à mettre au net les comptes d’un commerçant, et la nuit, souvent, il faisait de la copie à cinq sous la page ».

Il n’a pas un mot contre sa femme, ne lui fait aucun reproche. Ses propres désirs n’existent pas, seuls ceux de Mathilde comptent. Et ce brave époux paie très cher, avec sa femme, le cadeau d’une nuit de danse au ministère. 

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