La parure

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Le réalisme dans La Parure

Maupassant, filsspirituel de Gustave Flaubert, est un maître du réalisme. Ce genre littérairequi tente de représenter le plus fidèlement possible la réalité sans la farderni l’idéaliser voit souvent ses personnages ancrés dans les classes populaires,laborieuses, parfois bourgeoises. C’est le cas du ménage Loisel : il est« petit commis du ministère de l’Instruction Publique », elle est née« dans une famille d’employés. » Le lecteur ne trouve dans lanouvelle ni descriptions romantiques, ni étude psychologique profonde despersonnages, plutôt un tableau réaliste qui reflète la réalité que l’écrivain veutpeindre, comme en peinture les impressionnistes ou les réalistes contemporainsde Maupassant imposaient dans l’art la réalité de leur regard.

Maupassant nerecherche pas les causes de la frustration permanente qui gâche la vie deMathilde : il se contente de la constater et d’en décrire les effets, sansjuger sa protagoniste. Le brutal coup de théâtre final du récit – « Maisla mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs !… »– ne s’accompagne pas d’une morale édifiante, et le lecteur ne saura rien de laréaction de Mathilde : pas de larmes, pas de Mathilde tombant en pâmoison,pas de remboursement par Mme Forestier… enfin, peut-être. Maupassant laisseson lecteur sous le coup de la révélation, et s’en va. Cette littérature d’unesimplicité cistercienne est aux antipodes de la littérature romantique, quiaurait sans doute montré au lecteur une Mathilde évanouie ou une Mme Forestierversant des torrents de larmes.

L’ensemble de lanarration de la nouvelle est à l’avenant : l’intérieur du ménage Loiselest peint en quelques traits vigoureux : le repas partagé sur « latable ronde couverte d’une nappe de trois jours », et que le lecteurdevine tachée, le paisible commis « qui découvrait la soupière endéclarant d’un air enchanté « Ah !Le bon pot-au-feu ! Je ne sais rien de meilleur que cela », tandis que sa femme, en face de lui, « songeait aux plats exquis servis endes vaisselles merveilleuses ». Le lecteur voit une toile de genre, unintérieur à la Courbet, qui montre tout et laisse deviner plus encore. Plustard, c’est l’achat de la robe, la discussion sur le prix – quatre centsfrancs, c’est une très grosse somme pour le modeste ménage. Puis, aprèsl’emprunt de la parure à Mme Forestier, sonne l’heure du bal, brossé en toucheslumineuses qui ne dépareraient pas une toile de Monet, où le lecteur voitMathilde « danser avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir,ne pensant plus à rien, dans le triomphe de sa beauté, dans la gloire de sonsuccès, dans une sorte de nuage de bonheur fait de tous ces hommages ». Ladéchéance qui suit n’en est que plus cruelle, et la description réaliste queMaupassant donne du lamentable quotidien de Mathilde déclassée offre un sobrecontraste avec la lumineuse scène du bal : « Elle lava la vaisselle,usant ses ongles roses sur les poteries grasses et le fond des casseroles. Ellesavonna le linge sale, les chemises et les torchons, qu’elle faisait sécher surune corde ; elle descendit à la rue, chaque matin, les ordures, et montal’eau, s’arrêtant à chaque étage pour souffler ». Ces quelques lignesdépouillées, à mille lieues des effets dramatiques du romantisme, inscriventpleinement La Parure dans le genre réaliste.

La Parure, courte nouvelle, conte une histoire simplede gens simples. Nul besoin de l’enjoliver plus que de raison : Maupassanten fait un récit réaliste et dépouillé, dépouillement qui ne donne que plus deforce au coup de théâtre final. 

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