La parure

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La parure de diamants : un miroir aux alouettes

Un miroir aux alouettes était un objet destiner à leurrer les oiseaux en faisant scintiller une myriade de lumières afin de les attirer et de s’en saisir : les volatiles étaient abusés par la virevoltante lumière et payaient leur imprudence de leur vie. Mathilde Loisel est elle aussi victime d’un scintillement, celui des mille feux que jette sous les lustres du ministère la parure empruntée à Mme Forestier.

Mathilde est privée des objets qu’elle devrait, selon elle, posséder : « meubles fins portant des bibelots inestimables » posés dans de « petits salons coquets, parfumés », « argenteries reluisantes, […] tapisseries peuplant les murailles de personnages anciens et d’oiseaux étranges au milieu d’une forêt de féerie ». Elle est jalouse de son amie Mme Forestier : elle lui rend parfois visite, et en revient affligée au plus haut point : « elle pleurait pendant des jours entiers, de chagrin, de regret, de désespoir et de détresse ». Elle a pourtant une vie confortable, un mari qui l’aime, mais elle méprise tout cela. C’est pourquoi la parure de diamants exerce sur elle une attirance irrésistible, comme le piège mortel du miroir sur l’alouette. La parure jette ses mille feux en virevoltant comme le miroir aux alouettes, au rythme de la danse qui étourdit Mathilde, au point que, enfoncée dans son illusion, elle perd la parure. Le chatoiement disparaît, et la réalité saute à la gorge de Mathilde. La parure a disparu, et le rêve avec elle. La bijou n’a pas transformé la vie de la jeune femme, comme elle l’espérait confusément : il n’a pas de pouvoir magique. Mathilde vit un destin d’héroïne de conte de Perrault comme Cendrillon, mais à rebours : elle avait une vie convenable, elle a rêvé au bal, et sombre dans la misère.

Mme Forestier, pour sa part, s’est montrée plus raisonnable : elle n’a pas répondu à l’appel du miroir aux alouettes et ne s’est pas ruinée avec une parure de diamants. Elle s’est contentée d’une parure de fausses pierres, mais qui jettent les mêmes éclats de lumière que d’authentiques joyaux. N’est-ce-pas là le but recherché ? Elle joue de l’illusion, le provoque même, mais n’y cède pas. Elle sait que les objets ne sont pas magiques : leur pouvoir réside dans les regards qui se posent sur eux. Ce détachement vis-à-vis des biens matériels la rend humaine : quand Mathilde lui annonce qu’elle a gâché dix ans de sa vie à rembourser une parure factice, Mme Forestier pourrait secrètement exulter en sachant qu’elle possède maintenant un bijou authentique et très cher. Il n’en est rien : elle compatit au sort de sa pauvre amie. Sa vraie richesse est d’avoir un cœur que l’argent n’étouffe pas, et de savoir qu’une fausse parure brille des mêmes feux qu’une parure de diamants. 

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