La remplaçante

par

L’adolescence et ses excès vus de l’intérieur

La crise d’adolescence se manifeste par des comportements particuliers qu’illustre le personnage de Raphaël. Dès le premier chapitre, on apprend que depuis son entrée au collège, Raphaël a vu son comportement changer, il est devenu plus feignant : davantage paresseux au réveil, narcissique, moins enclin à aller à l’école, etc. À l’inquiétude naissante de la mère – « elle a parlé de consulter un psychologue » – répond un père moins alarmiste – « ces crises-là étaient de mon âge » dit-il. On a donc ici deux façons de réagir face aux changements de son enfant : le soupçon d’une anormalité, l’exploration dans le sens d’une pathologie d’un côté, ou le relativisme de l’autre, qui permet parfois de ne pas stigmatiser.

La libido accrue à l’adolescence se traduit par la « renommée », au sein du collège, du personnage de Mademoiselle Laurent qui représente la beauté, et qui rend « très admiratifs » les garçons et jalouses les filles : « elle éveille notre libido d’adolescents rêveurs. » La transition de l’enfance à l’adolescence se fait aussi via la musique ; le goût de l’enfant évolue et explore de nouveaux territoires : « rien de tel qu’un bon morceau de hard ! Ça m’éclate ! Ah finis les doux rêves avec Blanche-Neige et les sept nains ! » Le jeune homme se montre ici conscient et fier de son évolution.

L’impertinence de Raphaël traduit également son état d’adolescent prompt à tester les limites, l’autorité qu’on lui impose et à les remettre en question. Il se montre agressif envers la remplaçante, se moquant de ses menaces et critiquant sa façon de faire cours : « Bizarre façon de donner cours, Madame. Vous êtes payée pour ne rien faire ? » ; « Mon dieu, Madame, vous me faites peur » ; « Mettez m’en deux, ça me fera un vélo ». Raphaël montre ainsi qu’il a beaucoup de mal à garder son calme et à se maîtriser, épanchant son sentiment de colère, une situation classique à l’adolescence.

Raphaël a du mal à accepter que Madame Grivet reste une femme comme une autre. Il est injuste, très critiqueur et il en a conscience. Son manque de maturité l’empêche de garder son calme, mais il en a également conscience : « Je me dégoûte même d’agir ainsi » ; « Je ne suis plus le doux Raphaël d’il y a deux ans. L’adolescence rend cruel. » Le lecteur est donc confronté à un personnage qui a la fois exemplifie, parfois jusqu’à la caricature, l’adolescent à une période difficile de sa vie, mais qui montre aussi du recul sur ce qu’il est, qui comme son père parvient parfois à relativiser, à prendre de la distance. Le lecteur peut donc lui aussi osciller entre ces deux regards et suivre Raphaël dans son autocritique.

Les crises de colère de Raphaël, souvent impulsives et peu durables, se veulent typiques de l’adolescence. Par exemple lorsque sa mère se moque de lui, il se sent incompris et réagit de façon disproportionnée : « elles sont brusques, explosives et fulgurantes. Il ne me faut pas plus d’un quart d’heure pour me calmer. » Ces crises prennent des proportions assez graves lorsqu’il interpelle Madame Grivet en la tutoyant suite à la déprime de Réginald : « Alors, tu es contente de ce que tu as fait ? Tu es fière ? » ; « Vous me dégoûtez. Les profs comme vous, ça ne devrait pas exister ! » La première personne utilisée, le « je », permet une meilleure identification du lecteur avec ce jeune homme à la fois incapable de maîtriser l’expression de sa colère parfois, mais capable de s’analyser a posteriori avec une certaine lucidité.

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