La remplaçante

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Quel type d’enseignement ?

Plusieurs éléments dans le roman de Frank Andriat mènent à considérer le type d’enseignement qui pourrait le mieux convenir face à des adolescents. L’image d’un enseignement plus à l’écoute, plus pédagogique, est principalement incarné par un personnage important mais finalement absent tout au long de l’histoire : Mademoiselle Laurent, la professeure de français qui se fait remplacer suite à un accident. Mademoiselle Laurent semble en effet ravir Raphaël : «Une femme qui, surtout, prend le temps de nous écouter, qui part de nos difficultés et qui nous aide à les dépasser plutôt que de nous assommer avec des connaissances dont ne nous voyons pas l’intérêt. » Cette citation illustre parfaitement la nécessité d’un enseignement qui doit absolument favoriser l’échange entre élèves et professeurs, orienté en partie vers l’écoute des élèves pour ainsi saisir leurs difficultés et les combattre, ce qui demande beaucoup de pédagogie.

Madame Grivet incarne le contraire de ce type d’enseignement. C’est encore une fois à travers les yeux de Raphaël que l’on peut voir une très nette différence entre ses méthodes et l’idéal dont il rêve : « Elle donne des cours pour elle, sans se préoccuper le moins du monde de nos réactions. » On comprend ainsi que Madame Grivet n’est pas faite pour l’enseignement, une transmission qui demande, surtout avec des adolescents, des cours intéressant et attractifs. Elle préfère en effet assommer ses élèves de verbes à recopier et dicter des leçons, sans la moindre nuance ni enthousiasme particulier.

La personnalité des professeurs est également abordée ; voici le ressenti de Raphaël à ce sujet-là : « L’enseignement est mille fois plus efficace avec des profs qui ont de la personnalité. Sans ça, ils ne sont que des machines à distribuer des savoirs et ne nous stimulent pas. » Cette réplique va encore dans le sens d’une volonté d’humanité et d’échange. Les professeurs ne doivent pas rester en quelque sorte « fades » et purement « scolaires », mais ils doivent donner le goût aux élèves de travailler, toujours dans l’idée qu’assommer de savoir ne sert à rien. Il faut que les professeurs arrivent à capter l’attention pour que les élèves s’intéressent au cours et donc soient stimulés. Un passage du récit est très révélateur quand Raphaël en vient à s’endormir pendant le cours de Madame Grivet, ce qui montre qu’un cours monotone et sans interactions ne peut parvenir à intéresser les élèves.

Madame Pivoine représente le côté « vivant » des cours qu’il faudrait donner. En effet elle favorise le dialogue et l’expression orale et use de mimiques et de grimaces pour capter l’attention et amuser la classe, tout en apprenant la prononciation de phrases en anglais. Le cours est ainsi stimulant et instructif, Madame Pivoine est aimée et respectée pour sa personnalité très amusante et son implication même corporelle.

Le professeur d’histoire surnommé « Winnie » incarne la volonté de certains professeurs de comprendre les élèves. Très pédagogue, il préfère que les élèves sachent peu mais bien. Ainsi, même si les élèves ne semblent pas toujours attentifs à la matière, le professeur fait des efforts pour se rendre agréable et tente d’aider au maximum les élèves.

Vient ensuite la transition de Madame Grivet. Suite à la réunion parents-professeurs, elle tente d’adopter un comportement plus sociable et de donner du volume à ses cours en mettant de l’intonation dans sa voix, en proposant l’écoute d’une musique, ce qui constitue une activité a priori stimulante. Elle a néanmoins du mal à se faire comprendre, probablement du fait de ses antécédents mais aussi de la cruauté des élèves.

Enfin, intervient un personnage tout à fait original et incarnant également l’idée d’un enseignement davantage fondé sur l’échange et stimulant, l’inspecteur. Il se montre directement tout à fait clownesque avec son obsession des rimes. La situation est même si particulière qu’elle en devient à peine vraisemblable. L’inspecteur a des expressions pouvant passer pour naïves : « un héros n’est pas un zéro » ; il se montre réticent lorsqu’une élève brillante de la classe donne une réponse scolaire. On comprend alors que l’inspecteur serait plutôt enclin à laisse libre cours à l’imagination et à l’inventivité des élèves. Il n’est pas favorable à une instruction « robotisant » les élèves, avec des réponses toutes faites, qui ne reflètent pas la personnalité de l’élève. L’inspecteur arrive même à trouver chez Carlos, un élève apparemment considéré comme cancre et peu travailleur, une imagination et une inventivité tout à fait louables, à travers un poème qu’il aurait rédigé.

L’intervention de l’inspecteur peut faire comprendre au lecteur qu’un cours peut être moins scolaire et assommant de savoir. Une leçon privilégiant les jeux de mots, la créativité et l’inventivité, favorisant la participation de tous les élèves, peut s’avérer bien plus stimulante et même révéler certains talents potentiels.

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