La Rose de Personne

par

Résumé

Résumé détaillé

 

 

I

 

« Il y avait de la terre en eux » : Le poème semble d’abord procéder à une évocation sociale des ouvriers, qui consacrent leur vie à travailler (creuser en l’occurrence) inlassablement, mais s’avère finalement être une allusion universelle à la condition humaine, tragique, qui se consume dans la quête d’une transcendance divine.

 

« Le mot d’aller-à-la-profondeur » : À nouveau le poète fait allusion à la quête transcendantale, mais il semble qu’il trouve satisfaction dans l’ici-bas, et notamment dans la relation avec autrui : « tu sais, tu n’as pas à voler, / tu sais, ce qui s’est inscrit dans ton œil / approfondit pour nous la profondeur. »

 

« Par le vin et par la perte » : Ce poème paraît décrire métaphoriquement l’activité poétique. Le je du poème chevauche Dieu (encore une fois, il y a jeu sur la transcendance et l’immanence – Dieu, censément être spirituel, est animalisé) et les hommes, soumis, s’affairent à traduire en langage leurs hennissements. On peut dès lors interpréter le poème de deux manières : soit le poète est celui, plus que divin, qui met Dieu à sa merci et chante avec lui ; soit il est celui qui, homme parmi les hommes, tâche de transmettre à ses tiers ce qu’il entend du monde métaphysique.

 

« Zürich, zum Storchen » : Le poème, dédié à Nelly Sachs, poétesse juive, avec qui Paul Celan, chrétien, entretenait une vive et amicale relation épistolaire, est une évocation stylisée des discussions des deux correspondants au sujet de la religion. La conclusion est très dubitative : « mais nous / ne savons pas / quoi / compte. »

 

« Trinité, quadrunité » : Le poète joue avec les symboles chrétiens, en l’occurrence la Trinité, qu’encore une fois il aborde de façon pragmatique. Ici, la Trinité, ce sont deux personnes qui se retrouvent pour discuter. En effet, dans le vers « Menthe crépue, menthe, crépue » (deux fois utilisé dans le poème), on voit que la Trinité, ce peut être aussi une chose + une autre chose + l’union des deux.

 

« Tant d’étoiles » : Le poète procède à une exploration galactique, mais malgré le sublime des choses vues, c’est dans le lien direct avec autrui que se trouve le morceau de vie le plus intense : « il n’y avait plus que le Rien entre nous, nous nous trouvions / l’un l’autre tout à fait. »

 

« Ton passage au-delà » : Le poème est une évocation de la mort ; Celan nous rappelle que la poésie a un pouvoir contre elle (le poète ramène à la vie « avec des mots »). Par ailleurs, il n’y aurait que dans le temps de la mort qu’on pourrait entrer en communion avec Dieu.

 

« À main droite et main gauche » : Dans une nouvelle phase de quête transcendantale ardente, le poète prise l’altérité et fait du « Même » l’ennemi suprême.

 

« Douze ans » : Ce poème contient la première évocation directe du recueil à la thématique amoureuse. On peut le voir comme le récit elliptique d’une vie conjugale, avec une distinction nette entre le temps de la passion et le temps de l’amertume.

 

« Avec toutes les pensées » : Toujours dans le sens d’une élévation par le contact avec l’altérité, ce poème décrit une communion entre le poète et l’être aimé.

 

« L’écluse » : Celan évoque la dissolution de la religion (juive en l’occurrence – le poète utilise des termes typiques de la liturgie) à l’épreuve du quotidien. La métaphysique est encore une fois mise à part : « pas / De deuxième ciel ».

 

« Odeurs d’automne, muettes » : Ce poème est très bref et très elliptique, autrement dit très hermétique. Il semble s’agir d’une allusion aux choses qui auraient pu être mais ne sont pas.

 

« Gel, Éden » : Celan récrée le Paradis le temps d’un poème, recréation à la fois fataliste (d’emblée Éden est renommé Perdu) et optimiste (cette perte ne paraît pas accablante). La vision du Paradis proposée par le poète ne correspond pas aux canons religieux. Il semble que le temps paradisiaque soit le temps d’une absolue lucidité partagée par tous, comme si tout le monde était Dieu.

 

« Psaume » : Le jeu avec l’imaginaire religieux est perceptible ici dès le titre. Celan propose un psaume antireligieux. Ce poème paraît plus important que les autres pièces du recueil puisque c’est de lui qu’est tiré le titre, La rose de personne. L’idée est que l’homme est une fleur qui a poussé hasardeusement, et non pas la création d’un être supérieur.

 

« Tübingen, janvier » : Le poète détourne maintenant la figure des prophètes. Il imagine qu’un nouveau prophète apparaît dans le monde moderne, et qu’il est seulement capable de bégayer. Par ailleurs, il multiplie les références à l’univers du poète et philosophe Hölderlin, équivalent allemand de William Blake. Les tours de Tübingen auxquels renvoie le poème, Hölderlin y a vécu. Le vers de conclusion particulièrement mystérieux – (« Pallaksch. Pallaksch.) » – utilise un mot purement imaginaire, inventé par le même Hölderlin. Finalement, on se demande si le prophète décrit ne serait pas un avatar du poète.

 

« Chymique » : Le poète détourne l’imaginaire alchimique pour ce qui semble être une description métaphorique de la création poétique.

 

« Un air de filous et de brigands » : Celan procède encore une fois à un détournement, mais cette fois-ci de chants populaires et autres comptines. Ce qui l’intéresse manifestement, c’est la joie avec laquelle ces chansons affrontent l’idée de la mort.

 

II

 

« Arbre-aux-lueurs » : Avec ce poème en ouverture, la seconde section du poème s’annonce plus intime. Le poète s’adresse à l’être aimé, perdu à jamais, et regrette le temps passé. L’arbre-aux-lueurs est ce qui représente dans le poème le temps de l’amour heureux et serein.

 

« Erratique » : Le poète évoque le poids du temps sur la passion amoureuse ; il déplore que l’amour ne soit pas immuable mais, comme le dit le titre, erratique.

 

« Quelque chose comme la main » : Le poète invite l’être aimé, suite au constat du poids du temps, à s’empresser de profiter du moment présent. La conclusion est tragique puisqu’il semble que l’ennui est contenu dans les germes mêmes de la relation.

 

« … bruit la fontaine » : Celan réfléchit de manière allusive à l’utilité de la poésie dans ce contexte. Tout en insistant sur le caractère dérisoire de ces textes (ils les qualifient d’estropiés), il n’en reconnaît pas moins la valeur personnelle : « Aile, tu es béquille ».

 

« Ce n’est plus » : Le poème est une nouvelle évocation de l’usure de l’amour au fil du temps.

 

« Radix, matrix » : En latin, radix signifie racine et matrix utérus. Le poème s’attarde sur l’idée d’éternel féminin comme origine du monde, avec des références précises à la liturgie juive. Ce poème permet de lier la première et la seconde sections du poème. Celan serait en fait un déraciné qui cherche un ancrage, que ce soit dans la foi ou dans la relation avec autrui. Le poème fait également la transition entre un début de section plutôt sentimentale et un retour à des considérations religieuses, cette fois-ci concrètes, moins métaphysiques que dans la première section.

 

« Terrenoire » : Il s’agit d’un poème très bref, qui fait allusion indirectement à la liturgie juive, Terrenoire étant le nom donné par les Égyptiens à leur pays à l’époque où Moïse y luttait. Celan montre à cette occasion qu’il y a dès l’origine du peuple juif une blessure dont les successeurs ne pourront se débarrasser.

 

« À un, qui se tenait devant la porte » : Ce poème raconte de manière elliptique le mythe du Golem, créé par le Rabin Loew.

 

« Mandorle » : La mandorle est un motif en forme d’amande dans lequel on représente en général les saints, le Christ, et la Vierge. Celan joue avec les mots puisque pendant tout le poème il désigne la mandorle par le terme d’amande, et le lie au terme œil. Au centre de la mandorle, Celan voit tour à tour le Rien et le Roi, association paradoxale mais représentative de son lien avec la religion.

 

« Contre personne lové » : Le poète restitue une scène harmonieuse, où littéralement il embrasse la vie, personnifiée.

 

« Ta demeure est deux, Éternel » : Le poète retourne à des considérations strictement métaphysiques avec ce poème qui oppose le monde de Dieu, « inhabitable », et le monde des humains. Comme Dieu ne vient jamais dans le second, et que les humains ne peuvent accéder au premier, Celan arrive à la conclusion suivante : chacun doit vivre comme il le veut de son côté.

 

« Sibérien » : Le poète évoque la relation amoureuse en des termes religieux. Le je du poème et l’être aimé semblent résister au défilement du temps, mais cette résistance les use.

 

« Bénédicta » : Celan joue avec les chants traditionnels yiddish, et mêle des extraits de ces derniers à ses vers, le tout étant unifié par le thème énoncé par la citation de départ : « Peut-on monter au ciel et demander à Dieu / si les choses ont le droit d’être comme ça ? »

 

« À la pointe acérée » : Malgré tout, avec ce poème de clôture, la section s’achève sur une note d’espoir. « Quelque chose » qui semble dépasser les contradictions métaphysiques du poète arrive.

 

III

 

« Les pierres claires » : Cette troisième section s’ouvre avec un poème qui va dans le sens de l’espoir trouvé à la fin de la section précédente, mais de manière quelque peu paradoxale. Le poète trouve un moyen d’élévation, et l’harmonie atteinte se traduit par le silence, l’absence de vers. Or pour traduire cette harmonie, le poète utilise le verbe. Ce rapport ambigu à la langue évoque les travaux de Mallarmé, qui tâchait tant bien que mal de trouver un usage pur du code linguistique. On retrouve d’ailleurs chez Celan, comme chez Mallarmé, un grand intérêt pour les blancs typographiques et les signes de ponctuation expressifs.

 

« Anabase » : L’élévation continue dans ce poème (anabase est un mot d’origine grecque qui signifie « montée ») mais elle semble être moins une ascension vers le ciel qu’une communion entre tous les hommes. Ainsi le mot qui clôt le poème est : « Ensemble. »

 

Les poèmes suivants (« Un boomerang », « Havdalah », « Le Menhir », « Après-midi avec cirque et citadelle », « Au jour », « Kermorvan », « J’ai coupé du bambou », « Kolon ») poursuivent l’élévation et livrent des visions mystiques, souvent hermétiques, où le verbe se déploie pour lui-même.

 

IV

 

« Qu’est-il arrivé ? » : Ce poème achève la série de poèmes mystiques précédents.

 

« Tout en un » : Celan fait une incursion dans l’imaginaire politique, et plus particulièrement dans celui de la résistance espagnole. Mais ce qui semble l’intéresser ce sont moins les enjeux historiques que l’idée de communauté/communion, et le concept de « schibboleth », mot que seuls les individus d’un groupuscule nettement délimité peuvent comprendre.

 

« Couronné dehors » : Ce poème est proche, dans le fond, de « Ta demeure est deux, Éternel » (section II) – le poète s’y adresse à Dieu, et face à l’imperméabilité du monde physique et métaphysique, affirme que les hommes n’essaieront jamais de construire une tour de Babel.

 

« Où m’est tombé le mot » : Le poète s’étonne de la coexistence en notre monde du pur et de l’impur, ou plus précisément de l’émergence de l’idée de pureté dans un monde si impur. Encore une fois, pour résoudre le problème, il propose le silence.

 

« Les Globes » : Celan détourne le fameux énoncé « Les paroles s’envolent, les écrits restent », en retournant au sens qu’on lui donnait à l’origine : la parole vaut plus que l’écrit puisqu’elle permet l’élévation (ici celle de petits globes, « les yeux fourvoyés », vers de grands globes, « les orbes du soleil »). On retrouve ici les contradictions du poète, contraint de formuler la grandeur de l’oral par l’écrit.

 

Les derniers poèmes de la section, qui sont aussi les derniers poèmes du recueil (« Flhuerissentles », « Fenêtre de hutte », « Les syllabes douleur », « La Contrescarpe », « Tout est autrement », « Et avec le livre de Tarussa », « En l’air ») ont une forme commune. Ils sont systématiquement beaucoup plus longs que la moyenne des poèmes du recueil, et se composent d’une succession délirante de jeux de mots sophistiqués, autour des motifs déployés dans le recueil. C’est probablement le meilleur compromis qu’a trouvé Celan pour régler ses contradictions poétiques : puisqu’un poète ne peut pas se taire, il déconstruira la langue.

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