Le Coffret de santal

par

Conclusion

Charles Cros apparaît comme un poète pluriel
et il paraît hasardeux de le résumer à quelques formules. Entre légèreté et
ambition métaphysique, sa poésie comme sa vie d’inventeur s’affirment comme une
volonté de figer ce qu’il avait aimé contempler. Mais il n’ambitionne jamais une
simple reproduction ; le poète sait et dit que ses moyens sont limités, et
il en vient même parfois à disqualifier tous les arts pour traduire fidèlement
le réel. Il soupçonne, derrière le monde manifeste, un monde caché qui se
soustrait. Dans les « Fantaisies en prose », Charles Cros se place
parmi les précurseurs de la poésie en prose, et anticipe les ambitions des
surréalistes en présentant des visions, des images éclatées qui semblent
révéler des rapports secrets. S’il n’est pas véritablement symboliste dans le
sens où son vocabulaire est très peu souvent recherché, il se situe au-delà du
symbolisme par sa croyance en une ouverture vers un au-delà à partir d’un
détail. Jouant à imaginer un « vaisseau-piano » dans « Sur trois
aquatintes », le poète semble exprimer explicitement ce à quoi il s’essaie
en parlant de choses impossibles, en rapprochant des éléments d’ordinaire séparés :
l’objet hybride vogue en effet vers un « but suprême et ineffable »,
comme sa propre poésie, qui est une tension vers des régions inconnues du
monde, que de nouveaux rapprochements entre les mots, entre des images, tentent
de révéler.

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