Le deuxième sexe

par

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Simone de Beauvoir

Chronologie : Vie,
Regards sur l’œuvre & Pensée

 

1908 : Simone de Beauvoir naît à
Paris dans une famille bourgeoise et catholique. Si la vie est d’abord
confortable, la faillite du grand-père maternel fait vivre à la famille ce qui
est ressenti comme une déchéance. Le père transmet son amour de la littérature et du théâtre à ses deux filles et Simone brille par ses résultats scolaires sans discontinuer. Très tôt
l’adolescente a pour ambition de devenir
un écrivain célèbre
. Après son baccalauréat, elle entame des études de mathématiques et de lettres,
puis s’oriente vers la philosophie
qu’elle étudie à la Sorbonne. En 1926, à dix-huit ans, elle rencontre Jean-Paul Sartre, le compagnon de sa
vie, et le talonne à la deuxième place au concours de l’agrégation en 1929. Ils
deviennent ensuite tous deux professeurs,
lui au Havre, elle à Marseille, puis
à Rouen. Les deux philosophes seront
liés par un « pacte » un
demi-siècle durant : l’amour
qui les lie est « nécessaire »,
et ils sont autorisés à vivre des amours
« contingentes »
avec des tiers, qui peuvent être des femmes pour
Beauvoir. En 1936 elle enseigne au lycée Molière à Paris. Une liaison avec une
élève lui vaut un renvoi en 1939.

1943 : Dès son premier roman publié, L’Invitée, Beauvoir utilise une matière autobiographique. Autour du
couple que forment Françoise, une
intellectuelle, et son mari Pierre,
metteur en scène de théâtre, se font jour des jalousies sans but précis, à
partir du moment où ils recueillent chez eux Xavière, une ancienne élève de Françoise, pour l’aider à démarrer
dans la vie, ce qui aura pour effet de rompre l’équilibre de leur couple. En
effet, Xavière est fortement éprise de Françoise, mais intervient également Gerbert, un jeune comédien pour lequel
les deux femmes ont des sentiments. Les tensions s’accroissent au fil du récit
entre le trio devenu quatuor, jusqu’à ce que la jalousie mène l’une des femmes
au meurtre. L’intrigue apparaît ici
dans la veine du roman américain et notamment de l’œuvre de Hemingway. Cette
même année, Beauvoir est renvoyée de
l’Éducation nationale pour
« excitation de mineure à la débauche ».

1944 : L’essai Pyrrhus et Cinéas porte sur la liberté de l’homme et ses conséquences
morales
. Le titre réfère à un dialogue entre Cinéas et Pyrrhus, le premier demandant
au second pourquoi attendre la fin de ses conquêtes pour se reposer. Beauvoir
interroge donc les motifs de l’action humaine. Selon elle, l’homme
libre met en œuvre un projet singulier où se trouve engagée sa transcendance. En
évoquant les nécessaires relations de réciprocité
avec autrui, elle en vient à définir une morale
de la liberté
aboutissant à l’engagement
politique
et l’action collective.
Beauvoir poursuivra sa réflexion philosophique dans Pour une morale de l’ambiguïté (1947),
où elle développe toujours une conception de la liberté dépendant de la liberté
d’autrui, et d’un avenir individuel ouvert grâce à une action collective. En 1945, Elle fonde avec Sartre Les Temps modernes, revue
d’intellectuels de gauche prônant une littérature engagée à laquelle
collaborent Merleau-Ponty, Aron, Paulhan ou Leiris. Jusqu’en 1952, la ligne
politique de Beauvoir peut être décrite comme socialiste ou progressiste,
et communiste jusqu’en 1956.

1946 : Dans Tous les hommes sont mortels, à travers l’histoire d’un prince
toscan du XIIIe siècle qui, après avoir choisi de boire un élixir,
devient immortel et traverse les siècles, Beauvoir veut montrer que le sens de
la vie et de l’action réside dans la mortalité des êtres, que l’insatisfaction
est source d’action et de vie. Le prince, au fil de ses aventures, comprend
combien le don de l’immortalité est en réalité une malédiction. À cette
période, Beauvoir commence à voyager, elle se rendra en Chine, en U.R.S.S., à Cuba et aux États-Unis où elle rencontre l’écrivain Nelson Algren avec lequel elle vivra une relation passionnée.

1949 : Dans son essai Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir
part en lutte contre des préjugés, une mythologie et des représentations bien
ancrés : la féminité serait une essence, une condition ; l’instinct
maternel serait naturel ; la femme, objet, ne saurait être définie que par
et pour l’homme, sujet, à travers son désir à lui, et ne serait donc que
l’accomplissement de sa volonté. Elle s’oppose aux tenants de l’éternel féminin
comme aux féministes refusant de voir une différence entre les sexes. La
philosophe veut montrer que la condition
féminine
n’est définie que par
la culture, la société, et elle invoque pour cela, outre la biologie, la
sociologie, la psychanalyse, les études anthropologiques les plus récentes et
une grande somme de savoirs, sa propre expérience de femme et une matière
autobiographique. Elle étudie l’image de la femme dans la religion, les superstitions,
les idéologies, ou en littérature chez Montherlant, Claudel et Stendhal, les mécanismes d’oppression, d’aliénation
des femmes et les moyens d’y échapper.
Elle parle sans tabou de la puberté féminine, de contraception, d’avortement,
et ce dans un style direct et cru, si bien que l’ouvrage fit scandale et fut mis à l’index par le
Vatican. L’œuvre fut en revanche immédiatement très bien accueillie aux États-Unis,
où le féminisme était plus développé, au point de devenir la bible des
néoféministes des années 1960, et celle de leurs homologues européen(ne)s dans
les années 1970. Elle se vendit également très bien en France et favorisera
grandement l’essor du féminisme dans le pays. La pensée de Beauvoir rejoint dans
cet essai l’existentialisme de Sartre dans le sens où l’existence et
la condition de la femme ne vont pas d’elles-mêmes, mais elles sont prouvées et
définies. Beauvoir ne cessera dès lors d’être une figure publique et de susciter la controverse.

1954 : Dans son roman Les Mandarins, récompensé du prix Goncourt, Beauvoir met en scène les questions qui se posent aux
écrivains au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à travers les personnages
de Dubreuil – Sartre – et Henri – Camus. C’est aussi l’histoire
de leur rupture et de leur rapprochement, et de la perte des espérances dans l’intervalle, de la fin d’un optimisme facile
quand on ne peut que reconnaître ses échecs. La femme de Dubreuil, Anne, une psychanalyste,
se distingue par son goût de l’absolu, son sens de la mort. Elle ne cesse de
s’arrêter aux horreurs qu’enjambe son mari, d’allonger sa pensée sur des
situations concrètes contrairement à lui, et songe au suicide. La question pour
les intellectuels de gauche, à
l’époque, est de savoir s’il faut dénoncer les camps de concentration soviétiques, quand bien même cela nuirait à
la révolution, et ils réfléchissent sur les rapports de la littérature
avec l’action politique. Dans les
années suivantes, Beauvoir s’engage vivement en faveur de l’indépendance de l’Algérie et s’oppose à la politique de De Gaulle.

1958-1963 : L’œuvre de Beauvoir sera désormais quasi exclusivement
autobiographique. Les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) racontent les vingt premières
années de la vie de l’auteure : le confort, puis les revers de fortune de
la famille, une forme de déchéance, la nécessité qui se fera jour pour les
jeunes filles de travailler, les études brillantes de philosophie à la Sorbonne,
la rencontre de Sartre. C’est surtout l’histoire d’une émancipation intellectuelle et morale. Le récit autobiographique se
poursuit avec La Force de l’âge (1960).
Beauvoir vient d’obtenir l’agrégation, c’est le début de l’autonomie et de la découverte
du monde des adultes, l’apprentissage de la vie, et l’auteure
d’évoquer ses amitiés et ses voyages. Si le premier tome des
mémoires était l’occasion de raconter la naissance d’une vocation, ici
l’auteure raconte comment elle s’est incarnée et revient sur ses premiers essais d’écrivaine. Beauvoir
et Sartre apparaissent alors des intellectuels peu engagés. La
Force des choses
(1963) démarre
en 1944, à la Libération de Paris. Alors qu’elle est devenue un personnage
public, la vie de Beauvoir se mêle désormais à sa carrière d’écrivaine. Elle
évoque également des évènements qui n’ont pas fait l’objet d’autres
publications, comme sa visite au Brésil, et elle parle de rencontres, de
livres, de films, de la célébrité de Sartre, mais encore des évènements de mai
1958, de l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, de la guerre d’Algérie, du procès
Jeanson, du manifeste des 121, et de son vieillissement.

1964 : Dans Une mort très douce Beauvoir raconte les circonstances de la mort
de sa mère. Victime d’une chute et
d’une rupture du col du fémur, on lui découvre une fois hospitalisée une tumeur
à l’intestin grêle. La convalescence sera donc une agonie que décrit Beauvoir assez froidement, avec une douleur
contenue 
: les humiliations auxquelles mène la dégradation du corps,
les métastases qui essaiment, les rémissions, puis une « douce » mort,
de privilégiée finalement, sans grandes souffrances. C’est aussi l’histoire
d’une fille qui renoue avec sa mère, qui comprend sa tendresse mal exprimée. L’auteure
aborde notamment les thèmes de l’euthanasie
et de l’acharnement thérapeutique.
Les mémoires de Beauvoir se poursuivent dans Tout compte fait (1972), qui fait le bilan des années
1964-1972, et La Cérémonie des adieux (1981), récit des dix dernières années
de la vie de Sartre (1970-1980).

1966 : La protagoniste du roman Les Belles Images est une mère de
famille et il est question de ses rapports avec son mari, son amant, ses deux
filles et ses parents. Pas de soucis d’argent mais un bonheur qui se dissimule ;
une fille sensible qui découvre les malheurs et l’absurdité du monde et qu’elle
hésite à envoyer « normaliser » chez un psychologue qui cultiverait
chez elle de « belles images » ; et cette autre belle image,
d’un père qu’elle voyait en sage, et qui s’effrite à l’occasion d’un voyage en
Grèce, où elle le découvre sous le jour d’un érudit plein de manies.

1967 : Le recueil de nouvelles La Femme rompue brosse le portrait de trois femmes en pleine crise
existentielle
. Beauvoir y étudie les relations de couple et la capacité à
réfléchir sur soi et à réagir en période de crise. L’Âge de discrétion met en scène une intellectuelle, une mère
idolâtrant son fils qui se sent trahie lorsque celui-ci rejette ses idéaux et
oriente sa vie d’une façon qu’elle ne peut cautionner. Elle le renie, se remet
en cause et cette situation influe sur son couple. Monologue restitue la parole d’une femme qui, abandonnée par son
mari suite à la mort de leur fille, déverse dans son journal sa haine,
fustigeant le monde et son entourage. Elle apparaît peu capable de se remettre
en question, de se confronter à ses responsabilités comme à la réalité de
manière générale. L’héroïne de La Femme
rompue
vit une crise morale quand elle découvre que son mari la trompe. En
faisant le portrait de cette femme qui pensait vivre un grand amour immuable et
ne peut imaginer une autre vie, Beauvoir présente les dangers des illusions qu’engendre
le fantasme du couple éternel et ceux de la dépendance affective.

1971 : À partir de 1970, la philosophe, déçue par l’action du socialisme en
matière de libération des femmes, accepte d’envisager une dissociation entre lutte des
classes
et lutte des sexes et de
théoricienne devient militante. En 1971, elle rédige le manifeste des 343, qui paraît dans Le Nouvel Observateur, où autant de
Françaises déclarent s’être fait avorter, pratique pénalement punie à l’époque.

1986 : Simone de Beauvoir meurt à
soixante-dix-huit ans à Paris. Considérée comme l’une des femmes les plus
influentes du XXe siècle, elle reconnaissait que Le Deuxième sexe était son « seul
essai important » ; il demeure en effet incontournable dès lors qu’on
étudie la place de la femme dans la société et ses représentations dans
l’imaginaire.

 

 

« Mais le principe du mariage est obscène parce qu’il
transforme en droits et devoirs un échange qui doit être fondé sur un élan
spontané : il donne aux corps en les vouant à se saisir dans leur
généralité un caractère instrumental, donc dégradant ; le mari est souvent
glacé par l’idée qu’il accomplit un devoir, et la femme a honte de se sentir
livrée à quelqu’un qui exerce sur elle un droit. »

 

Simone de
Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949

 

« Le fait est que je n’avais pas encore mis la main sur rien. Amour,
action, œuvre littéraire : je me bornais à secouer des concepts dans ma
tête ; je contestais abstraitement d’abstraites possibilités et j’en
concluais à la navrante insignifiance de la réalité. »

 

Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958

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