Le dindon

par

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Georges Feydeau

Georges Feydeau est un dramaturge
français né en 1862 à Rueil-Malmaison
(Hauts-de-Seine) d’un père écrivain, Ernest Feydeau (1821-1873), qui
fréquentait Flaubert, Gautier et les Goncourt, et d’une mère polonaise. Dès la
fin de ses études, plutôt négligées, il se tourne rapidement vers le monde et le
théâtre, d’abord en tant qu’acteur, sans succès, puis dramaturge. Il écrit
notamment des monologues que
récitent dans les salons des acteurs
connus. Dès dix-neuf ans il fait représenter sur scène une pièce, Par la fenêtre, puis en 1883 Amour et Piano et Le Diapason à l’Athénée, sans attirer l’attention. Il connaît un
succès relatif avec Tailleurs pour dames, pièce créée en 1886 au théâtre de la Renaissance mettant en scène monsieur
Moulineaux, un mari bourgeois qui tente de séduire une élégante au bal de
l’Opéra et dont le comportement fait naître le doute chez son épouse. En
parallèle il a une activité de chroniqueur dramatique et s’intéresse à la
peinture expressionniste via son beau-père. Il ne connaît à nouveau le succès
qu’en 1892 avec Monsieur Chasse !,
vaudeville en trois actes dont le
titre joue sur une ambiguïté intrinsèque à l’intrigue ; en effet, Léontine
apprend que son mari n’est pas parti à la chasse à laquelle elle pensait. Dès
lors se pose le dilemme de savoir si la tromperie du mari autorise des écarts à
l’épouse. À partir de cette pièce Feydeau ne va connaître que des triomphes. Il
apparaîtra dès lors comme le « roi
du vaudeville 
», digne successeur d’Eugène Labiche (1815-1888). L’auteur de théâtre prolifique, qui
écrit une à quatre pièces par an, se double d’un metteur en scène qui sévit notamment au théâtre des Nouveautés,
salle dont il fait la renommée en y créant plusieurs de ses grandes pièces.

En 1892, il fait aussi jouer
Champignol
malgré lui
, écrite en collaboration avec Maurice Desvallières (1857-1926) comme plusieurs autres de ses
pièces les six années suivantes. La pièce en trois actes raconte l’histoire
d’un vicomte qui pour sauver l’honneur de la femme qu’il courtise, Mme
Champignol, se fait un jour passer pour son mari et se retrouve alors
accomplissant une obligation militaire à la place de M. Champignol avant que
celui-ci ne le rejoigne dans le même régiment. La double présence d’un M.
Champignol devient prétexte à plusieurs équivoques
jusqu’à ce que tous deux se retrouvent lors d’un service de garde. La pièce se
présente donc comme une farce militaire qui
fournit l’occasion aux auteurs de livrer une satire de la vie de caserne.

Cette même année des
premiers triomphes Feydeau fait jouer Le Système Ribadier, écrite avec Maurice Hannequin, intitulée d’après le
nom du second époux d’Angèle, une femme très jalouse. Celui-ci use de ses dons
d’hypnotiseur pour lui dissimuler ses aventures mais va se retrouver pris entre
plusieurs feux : un rival revenu d’exil convoite Angèle et auquel il apprend
malencontreusement comment la réveiller, et le mari de sa maîtresse qui lui
donne la chasse.

Au début de 1894, une des
pièces les plus connues de Feydeau, Un fil à la patte, est créée au théâtre du Palais-Royal. L’intrigue,
pleine de rebondissements, tourne autour du mariage de Fernand de Bois
d’Enghien avec la fille d’une baronne, à la veille duquel il rompt avec Lucette,
sa maîtresse, chanteuse de café-concert. Celle-ci est cependant invitée à
chanter à la cérémonie par la baronne. Elle reste d’abord dans l’ignorance de
l’identité des mariés et figure parmi toute une galerie de personnages hauts en
couleur propres à troubler les festivités.

La même année est jouée sur
scène la pièce L’Hôtel du libre échange, autre très grand succès du dramaturge
jouant sur les quiproquos auxquels donne
lieu la réunion de nombreuses connaissances qui se retrouvent par coïncidence dans
un même hôtel de dernier ordre où un dénommé Pinglet notamment rencontre
l’épouse de son ami et associé Paillardon. C’est la dernière pièce pour
laquelle Feydeau collabore avec Maurice Desvallières. La pièce Le
Dindon
est jouée sur scène en 1896.
Elle met en scène plusieurs maris
adultères
dont l’un d’eux va se trouver être le « dindon » de la
farce. Alors que les épouses prennent garde de rester fidèles à leurs maris, la
nouvelle des infidélités de ceux-ci semble leur autoriser soudain une frénésie
sexuelle jusque-là réprimée.

La Dame de chez Maxim est la pièce la plus longue de Feydeau, elle
est jouée en 1899 au théâtre des Nouveautés. Cette fois c’est une danseuse du Moulin
Rouge qui, ramenée chez lui par un docteur, est prise pour l’épouse de celui-ci
par un oncle de retour d’Afrique. Elle va se retrouver au mariage d’une jeune
fille de la famille, en province, où les femmes du coin prennent pour des
raffinements d’élégance parisienne ses manières cavalières. Dans La
Puce à l’oreille
, pièce jouée au théâtre des Variétés en 1907, adultère
et quiproquos sont toujours au rendez-vous. Cette fois le dramaturge joue sur
la ressemblance entre deux personnages pour créer des situations de malentendu.
Comme dans Le Dindon et d’autres
pièces, le spectateur a toujours un temps d’avance sur les personnages et
peut rire des tenants et aboutissants de leurs méprises.

Occupe-toi d’Amélie, pièce de 1908, est un exemple de la précision d’horloger qu’on attribue
généralement à Feydeau. Autour d’une histoire de faux mariage et de vrai
manquement à l’amitié ayant pour centre la cocotte Amélie qui passe d’un ami à
l’autre, le dramaturge construit une intrigue complexe menant à un dénouement
plausible. La psychologie des personnages, comme souvent, apparaît sommaire,
mais les pièces de Feydeau peuvent se prévaloir de dialogues haletants pleins de mots
d’auteurs
et de situations particulièrement comiques. Feydeau approfondira
l’étude des caractères, renouvelant le
genre du vaudeville
, dans les comédies de mœurs en un acte qui
suivent, qui illustrent la platitude de
l’existence bourgeoise
, et ce avec des moyens plus rudimentaires que ceux
d’un Courteline par exemple, en se passant d’intrigue et en se contentant de
personnages banals en les personnes de bourgeois superficiels de la IIIe
République.

Cette même année de 1908 il
fait ainsi représenter Feu la mère de Madame, pièce en un
acte illustrant la dernière manière de Feydeau consistant à montrer des ménages mal accordées, unissant généralement
une mégère et un homme faible, comme Lucien ici, un peintre raté perclus de
dettes qui voit une issue de secours en la mort de sa belle-mère qu’on vient
annoncer au couple qui se déchire. Mais bien sûr, il y a eu quiproquo, la mère
de Madame est bien vivante, tout comme les désaccords du couple qui se dispute
de plus belle.

On purge bébé, œuvre représentée pour la première fois en
1910, est une pièce toujours très jouée de Feydeau, illustrant une nouvelle
fois la médiocrité bourgeoise à
travers le ménage des Follavoine dont le rêve du mari est de fournir l’armée
française en pots de chambre, objet représentatif de l’idée que se fait
l’auteur du couple, n’ayant pas été très heureux en amour lui-même. La pièce
est parcourue d’allusions scatologiques ; il s’agit entre autres tout du
long de purger Toto, le jeune fils rebelle qui refuse de se laisser faire.

Feydeau met à nouveau en
scène un ménage désaccordé en 1911 dans Mais n’te promène donc pas toute nue !,
en les personnes d’un homme politique et d’une épouse frivole que le premier voudrait
voir cesser de se promener nue – ou du moins en tenue légère et transparente – devant
leur fils, mais encore devant leurs invités quels qu’ils soient.

 

Georges Feydeau meurt en 1921 à la maison de santé de
Rueil-Malmaison où il avait été accueilli deux ans plus tôt pour des troubles
psychiques consécutifs à la syphilis qu’il avait contractée. Il avait cessé
d’écrire pour le théâtre dès 1916 et malgré ses droits d’auteur importants
rencontrait toujours des problèmes d’argent.

Des critiques ont considéré
comme voisins les univers, entre réalité banale et folie, de Feydeau et
Ionesco, tous deux mettant en scène des personnages souffrant d’ennui et
d’isolement, dotés d’une faible volonté, peu capables de communiquer, l’échec
du langage étant montré sur scène. On a aussi plus communément comparé Feydeau au
Molière des Fourberies de Scapin ou
du Bourgeois gentilhomme. Georges
Feydeau est passé à la postérité comme un maître
incontesté du vaudeville, maniant
l’art du dialogue comique, du bon mot, comme de la coïncidence, du quiproquo et du malentendu,
avec une dextérité d’horloger. Ses
pièces au XXIe siècle sont toujours extrêmement jouées et saluées.

 

 

« LUCIENNE : Mais
enfin, monsieur, je ne vous connais pas.

PONTAGNAC : Mais moi non
plus, madame, et je le regrette tellement que je veux faire cesser cet état de choses… »

 

« LUCIENNE : Marié !
vous êtes marié !…

PONTAGNAC : Oui… un peu
!… »

 

Georges Feydeau, Le Dindon, 1896

 

 

« JULIE, navrée : C’est
de la constipation.

FOLLAVOINE :
Oui !… Eh ! ben ?… Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?

JULIE, scandalisée :
Comment, « ce que je veux » !

FOLLAVOINE : Dame !
Je ne peux pas aller pour lui.

JULIE, se levant :
Oh ! c’est malin ! C’est malin, ce que tu dis là. Évidemment, tu ne peux
aller pour lui !

FOLLAVOINE : Alors ?…

JULIE : Ça me ferait une
belle jambe, que tu ailles pour lui ! Mais ce n’est pas une raison parce
qu’on ne peut aller pour les gens, pour les laisser crever. […] Vraiment, tu
es d’une indifférence ! »

 

Georges Feydeau, On purge
bébé
, 1910

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