Le dindon

par

Un vaudeville type

Le Dindon est une pièce sans prétention, elle ne cherche pas àfaire passer un message ni à dénoncer un phénomène social. C’est une pièce dethéâtre dont la caractéristique principale est le comique. C’est ainsi que lesscènes s’enchaînent, les personnages se succèdent en causant l’hilarité par lesrebondissements nombreux, inattendus et parfois incongrus, et le caractèregrivois des intrigues qui s’entremêlent.

L’adultère, qui est le thème principal, sert ici d’élémenthumoristique et la pièce n’émet aucune forme de jugement clair sur la nature del’acte ni sur ses conséquences. Il n’y a de place dans le récit que pour lecomique et le pathétique. Ainsi, les mensonges, les adultères et lestromperies, par le caractère pathétique de ceux qui s’y livrent, servent àmettre en relief le ridicule et le comique des situations. Tout ici est dans lemouvement, dans les répliques, dans les situations improbables. Tous ceséléments suffisent par eux-mêmes à justifier la pièce sans avoir besoin derecourir à un but moralisateur ni psychologique.

« À ce momentMaggy, sans se douter que son mari est là, entre carrément en scène. Elle esten robe de chambre, son bonnet à trois pièces sur la tête. En reconnaissant sonmari, elle pousse un cri étouffé et se précipite d’où elle vient. Au cri,Soldignac retourne la tête, mais Vatelin, qui a devancé son intention, luiattrape la tête de ses deux mains et la ramène face à lui.

SOLDIGNAC. – Aoh ! What is it ?

VATELIN. – Je vousdemande pardon… mais c’est ma femme, elle était dans une tenue,alors… »

Non content de se servir avec brio du thème de l’adultèrecomme d’un pivot central de son intrigue, Feydeau emploie des jeux de langageet des quiproquos nombreux pour faire de tous ses personnages les objets de larisée du spectateur. Le langage ici est aussi coloré que les scènes, et chaquepersonnage semble apporter avec lui son registre et sa façon de s’exprimer. Ilen résulte un double impact aussi bien à la lecture que lors de l’interprétationqui amplifie la forme humoristique et l’embarras que causent les situations.

« PONTAGNAC,pose sa canne et son chapeau et se lève. – Oh ! Madame, ne me parlez plus decela. Si vous saviez combien je suis marri.

LUCIENNE. – Avecdeux r ! Prononcez bien.

PONTAGNAC. – Avecdeux r, oui ! Oh ! Je sais bien qu’avec un r…

LUCIENNE. – Vousl’êtes bien peu. »

Le langage prend donc une dimension toute particulière.Il devient un élément « palpable » de la pièce. Les équivoques, lesmalentendus, les quiproquos, les confusions, les interjections et autresservent autant le comique que l’embarras où se trouvent les personnages. Lesmots qu’ils emploient et leurs interjections deviennent un baromètreparticulièrement précis de leur état mental ou de leurs mécontentements ; lelangage ponctue le rythme des scènes et sous-tend la folie des échanges.

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