Le dindon

par

Une société trompeuse

Le Dindon de Feydeau nous décrit a priori une société de déception où tous les hommes sont des trompeurs. Dans cette pièce, trois principaux types de personnalités masculines sont illustrés. Pour ce faire, Feydeau nous présente trois hommes, amis, à trois profils différents.

–          D’abord, il y a le mari imprudent qui manque d’attention envers sa femme ;

–          Ensuite il y a Pontagnac, le coureur de jupons qui rôde autour des femmes comme un loup ;

–          Enfin, il y a Redillon, le séducteur subtil qui, dans l’attente de l’amour d’une amante, se laisse aller dans des aventures avec multiples autres coquettes.

Mais quel est le point commun de ces trois hommes ? Premièrement, c’est leur amour pour la  même femme, Lucienne, et  deuxièmement leur dévaluation du sacrement du mariage.

Si l’on retourne à l’époque de Feydeau et analysons cette pièce dans son contexte, il serait judicieux de réévaluer ce qu’on considérait d’« immoral». Lorsqu’on observe le comportement des caractères masculins principaux de cette œuvre, on se rend compte que la société a élevé des hommes ou alors, comme le dirait Redillon lui-même, des  « bêtes » qui priorisent la recherche de plaisir aux dépens du respect des valeurs morales. Pour Pontagnac et Redillon, il est tout à fait acceptable pour un homme marié de faire la cour à une femme célibataire, et vice-versa. Ces hommes déclarent ouvertement leur abandon de la raison et leur assujettissement aux plaisirs physiques et charnels. Face à leurs désirs, ils n’ont point de pouvoir : « comme c’est la bête qui est la plus forte, c’est elle qui traîne et c’est moi qui suis.» Redillon, (Acte I, Scène 8).

 Quant à Vatelin, il est bel et bien au courant de cette faiblesse de son compagnon Pontagnac, mais cependant il ne fait rien pour le décourager. Les males ne se gênent pas pour s’avouer leurs infidélités entre eux, et pire encore d’avouer à leurs maitresses qu’ils en ont d’autres. C’est le cas de Redillon qui, en réitérant à Lucienne son amour pour elle, n’hésite pas à lui déclarer qu’il se console avec sa coquette Pluchette et se l’imagine être Lucienne lorsqu’il est dans ses bras. Et comme la roue de l’infidélité tourne, « Pluplu » elle-même semble tromper Redillon avec un certain « Clément ». Le problème ne dépasse plus simplement l’acte de se laisser aller dans l’infidélité conjugale, mais à ce niveau naît un nouveau problème : le confort que les trompeurs trouvent dans leur péché.  

Cette réalité devient pour Lucienne – la dernière honnête femme qu’il reste dans cette œuvre – une lutte perdue d’avance, que même pas sa force de caractère et ses principes moraux ne peuvent l’aider à affronter. Perdue dans la désillusion qui l’envahit lorsqu’elle reçoit la confirmation finale que son mari n’est point différent de tous ces autres hommes, elle pleure de douleur : « Oh ! Le misérable !… Lui que je croyais un des rares maris fidèles, le voilà ! Comme les autres ! ». Et dans son désir de se venger en ternissant l’image de son époux autant qu’il eut terni la sienne par son aventure avec Maggy Soldignac, elle se jette volontairement dans les bras de Redillon, espérant de se faire attraper par son époux : «Qu’il entre ! Qu’il me voie ! »

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