Le Docteur Héraclius Gloss

par

Honorine

La domestique du docteur Gloss, « petitefemme encore fraîche et gentille », mène le docteur par le bout du nez etrégente la maison. Autrefois bergère, elle est entrée au service du docteur etcette peu farouche pastourelle est devenue sa maîtresse. Elle porte au docteurGloss une affection sincère, comme en témoigne son geste affectueux lorsque sonmaître revient de l’asile d’aliénés : elle a soigneusement préservé la viede tous les animaux que Gloss avait accueillis sous son toit, transformant lejardin en véritable ménagerie. Pourtant, la manie de Gloss de ne plus tuer lesanimaux nuisibles tels que les souris ou les araignées l’horripile au pointqu’elle va pleurer auprès des autres commères du quartier et déplorer lecomportement du docteur.

C’est ainsi que la domestique est la source dela rumeur qui se répand dans Balançon : le docteur Héraclius Gloss estfou ! C’est Honorine qui, la première, pose le mot redoutable sur lecomportement de Gloss : constatant la place qu’a prise le singe dans lamaison, elle est « convaincue que le docteur Héraclius Gloss [est]décidément fou ». Plus tard, elle déclare aux domestiques d’autresnotables de la ville : « Après tout, ce n’est pas sa faute, à cepauvre homme, s’il est fou ». Tout part de cette phrase, et le regard queles bonnes gens de Balançon posent alors sur le docteur est influencé parl’opinion de la domestique, qui est la personne la mieux placée pour observerson maître au quotidien. Sans le vouloir, la brave Honorine a contribué à menerle docteur Gloss au seuil de l’asile d’aliénés.

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