Le Docteur Héraclius Gloss

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Résumé

À Balançon vit le docteur Héraclius Gloss, entouré de ses deux amis proches, M. le Doyen et M. le Recteur. C’est un homme savant que la ville estime ; sa sagesse et son érudition sont souvent louées, bien qu’il n’ait jamais étudié la science à l’université ni publié quoi que ce soit, le titre de docteur lui ayant été attribué par la population, de par sa bibliothèque fournie et ses hautes amitiés. Il passe ses journées dans la ruelle du Vieux-Pigeon, où ont élu domicile tous les bouquinistes de la ville. Il recherche, dit-il, la vérité absolue, au milieu des ouvrages de philosophie et de science. Pour lui, cette vérité n’est pas une combinaison de plusieurs sagesses différentes, comme le lui suggère M. le Recteur, mais ressemble à la femme aimée : « Un jour enfin, j’ai rencontré cette femme, j’ai compris que c’était elle – et je l’ai aimée. »

         Un jour, il rêve d’un homme vêtu à l’antique qui lui touche noblement le front. À son réveil, il retourne comme à son habitude dans la ruelle, et découvre un manuscrit étonnant, intitulé Mes dix-huit métempsychoses. Histoire de mes existences depuis l’an 184 de l’ère appelée chrétienne. Rentré chez lui, il commence à le lire. Dans cet ouvrage, l’auteur tente de se souvenir de ses vies antérieures. Pour faciliter cette tâche à l’homme qu’il sera dans cent ans, il décide de graver son existence pour faire ressurgir à la mémoire de son moi futur – s’il lit le manuscrit – sa vie d’autrefois. Le manuscrit résume tous les états par lesquels l’auteur est passé au cours de sa vie. On apprend ainsi qu’il a vécu sous la forme d’un singe, signe d’une punition pour une vie précédente trop peu sage, ou encore qu’il a exercé le métier d’architecte. Le manuscrit est rédigé en plusieurs langues selon l’origine des réincarnations de l’auteur. Héraclius Gloss est transporté face à cette découverte : « Cette joie n’était rien auprès de celle qui inonda le docteur Héraclius Gloss, lorsque après avoir été longtemps ballotté par la houle des philosophies, sur le radeau des incertitudes, il entra enfin triomphant et illuminé dans le port de la métempsycose. » Ses amis ne partagent pas sa joie et se moquent même de lui.

Un jour, dans une ménagerie, la ressemblance étonnante des gestes d’un singe avec ceux des hommes le pousse à l’acheter. Il y voit la possible incarnation d’un être humain et veut l’observer pour déceler des signes d’une existence antérieure. Ce nouvel habitant n’est pas bien accueilli par la domestique. Le savant développe en parallèle une autre lubie, et refuse désormais de manger de la viande, chose qu’il adorait auparavant. En effet, le manuscrit l’interdit puisque cela pourrait être considéré, selon la doctrine qu’il expose, comme du cannibalisme. La folie commence à gagner Gloss, qui se lance dans des calculs pour savoir quelle forme revêt aujourd’hui l’auteur du manuscrit. Il lance même une annonce dans les journaux. Mais un soir d’orage, alors qu’il remonte dans sa chambre, il découvre son propre double assis à son bureau, de dos, en train de lire le manuscrit. L’illusion est parfaite, jusqu’à ce que la créature se retourne, et se révèle être le singe. Le signe est clair : c’est lui, le singe, l’auteur qu’il recherchait désespérément ! Héraclius Gloss devient alors l’esclave de cette créature, et le traite avec grand respect : « Et le singe se laissait faire, calme comme un dieu qui reçoit l’hommage de ses adorateurs. »

         La folie du docteur éloigne ses amis, qui viennent moins souvent le voir. Un jour, Héraclius Gloss assiste à un petit jeu sadique de la cuisinière : elle a attaché le singe à une chaise et lui montre de la nourriture qu’elle mange devant lui. Le savant parvient à retenir au dernier moment son singe qui, ayant réussi à se libérer, s’apprête à sauter sur la méchante femme. Il lui administre une correction qui met l’animal dans une rage plus grande encore. Le singe s’enfuit avec le manuscrit dont il transforme les pages en projectiles. Héraclius est scandalisé et, ayant réussi à mettre le singe hors d’état de nuire, il revient chez lui avec le précieux livre en maudissant son erreur. L’auteur de telles théories n’aurait pas pu se comporter de la sorte. Il confie le lendemain sa mésaventure à ses deux amis, qui se moquent à nouveau de lui. Mais l’un d’eux émet une plaisanterie qu’Héraclius va prendre au sérieux : peut-être est-ce lui, Héraclius Gloss, l’auteur du manuscrit ? Ces paroles agissent comme une révélation sur le savant.

         Gloss décide alors de protéger tout animal qui entre sous son toit. Sa bonne colporte sa nouvelle lubie à travers la ville, et ne parle plus que de sa folie grandissante. Un jour, il voit un chat qui se noie dans la rivière, et que des enfants lapident en riant ; il plonge sauver la créature. Par contre, il ne fait rien pour l’enfant qui de terreur s’est ensuite jeté à l’eau. C’en est trop pour la population, qui l’accable et pousse les autorités à le faire interner dans un asile. Là, Héraclius rencontre Dagobert Félorme qui a l’air, comme lui, d’avoir toute sa tête. Ils discutent puis abordent le sujet de la métempsycose : tous deux se révèlent persuadés d’être l’auteur du manuscrit : « C’est moi qui fus Pythagore » disent-ils tour à tour. Leur différend les conduit à en venir aux mains. Après cette aventure, le savant réfléchit à cette histoire puis s’assagit ; il finit par sortir de l’asile. Revenu chez lui, il découvre sa demeure inchangée : sa domestique y a laissé les animaux s’installer selon leur bon vouloir. Pris de rage contre eux, contre la source de son malheur, Héraclius Gloss les tue tous.

Sa vie a bien changé. Dès qu’il sort dans la rue, les enfants le pourchassent en criant qu’il est l’ami des bêtes ; les gens murmurent sur son passage. Héraclius commence alors à mener une guerre acharnée contre la gent animale, avec une telle force que les autorités le reconduisent à l’asile. Là, il retrouve son désormais ennemi Dagobert, contre qui il entame une guerre sans merci : l’asile se transforme vite en champ de bataille, où les partisans de chaque camp s’administrent de belles corrections à chaque fois qu’ils se rencontrent.

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