Le Docteur Héraclius Gloss

par

Le singe

C’est au hasard d’une promenade que le docteur Gloss croise la route d’un quadrumane qui va prendre une place importante dans sa vie. À la vue de cet « Homme des Bois » exhibé par un forain, Gloss croit rencontrer un « superbe échantillon de l’homme à sa dernière transmigration ». Le docteur achète l’animal et l’installe chez lui, au grand dam de la domestique Honorine.

Gloss va tenter de percer les secrets de la métempsycose en observant l’animal, qui va prendre dans la maison une place de maître. La description des démêlés du docteur aux prises avec un animal gigantesque et indiscipliné contribue au comique de la nouvelle. Heureusement, l’animal n’est pas bien méchant : « c’était un bon garçon de singe […] et à partir de ce jour, le docteur et lui vécurent comme deux vieux amis ». Là est le problème : Gloss voit le singe comme un être humain.

Ce dernier a pourtant un comportement conforme à celui d’un animal, à ce détail près qu’il singe les comportements de Gloss : il s’assied à son bureau, enfile sa robe de chambre, porte son bonnet, au point que Gloss, voyant le singe ainsi accoutré, croit se voir lui-même. Cette vision convainc Gloss que l’âme du rédacteur de son précieux manuscrit a été réincarnée dans l’animal. En d’autres termes, le singe serait l’auteur du manuscrit. Gloss saute à cette conclusion sans la passer au tamis du bon sens, signe d’un début de dérèglement pathologique. À la fin de la nouvelle, le pauvre animal est la première victime de la folie meurtrière de Gloss lorsqu’il commence à tuer les animaux qui vivent sous son toit.

Cependant, le lecteur ne peut qu’être frappé par l’épisode au cours duquel Gloss croit se voir assis à son bureau, confondant le singe avec lui-même. En effet, on pourrait y voir la description d’une hallucination autoscopique où le malade croit se voir lui-même. Atteint de syphilis, Maupassant sera victime de ces angoissantes manifestations de la maladie et, déjà touché par la folie, en fera une magistrale description dans sa nouvelle Le Horla, quelque dix ans plus tard. L’écrivain était déjà malade quand il écrivit Le Docteur Héraclius Gloss. L’était-il au point d’avoir déjà été victime de ce type d’hallucinations ? Ce que vit Gloss quand il croit se voir assis à son bureau peut le laisser supposer. En outre, le lecteur remarque une fois encore le thème du double : le docteur lui-même, croyant se voir en la personne du singe, voit en l’animal un double de sa personne.

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