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La Shoah : histoire d'une culpabilité

Bernhard Schlink aborde ici un sujet difficile, surtoutlorsqu’on sait qu’il est lui-même d’origine allemande. Les crimes perpétrés parHitler sur le monde juif pèsent encore aujourd’hui beaucoup sur la conscienceallemande. C’est une source de honte et de tabous. Alors écrire un livre quiaborde ce sujet est toujours très délicat. Pour ce faire, l’auteur a décidéd’attaquer ce sujet épineux selon un angle singulier ; plutôt que deparler de la vie dans les camps, qui ne représentera jamais assez l’horreurqu’ont pu y vivre leurs prisonniers, il décide de s’attaquer àl’incompréhension des nouvelles générations face à ces atrocités. Les réactionssont toujours vives quand on aborde le nazisme ; il suffit de voir ladescription que Schlink nous fait de l’ambiance au tribunal lors du verdictfinal : « La salle était pleine pour l’ouverture du procès […] Ily avait du bruit. […] Beaucoup de gens étaient manifestement indignés. […] Leton monta et certains crièrent à Hanna ce qu’ils pensaient d’elle. ».Mais peuvent-ils vraiment comprendre ce qui a été vécu ? Leur indignationest-elle si légitime puisqu’ils ne sont que dans « l’après », épargnéspar le contexte dans lequel baignaient les coupables ? C’est à des tabousque s’attaque l’auteur. Que doit-faire la nouvelle génération ? sedemande-t-il : « En même temps, je me demande, et je commençaisdéjà à me demander à l’époque ce que devait, ce que doit faire en vérité magénération, celle de gens vivants à une époque ultérieure, des informations surles atrocités de l’extermination des Juifs. Nous ne devons pas nous imaginercomprendre ce qui est inconcevable ; nous n’avons pas le droit de comparer cequi échappe à toute comparaison ; nous n’avons pas le droit dequestionner, car celui qui le fait, même s’il ne met pas les atrocités endoute, en fait néanmoins un objet de communication. […] Est-ce que nous n’avonsqu’à nous imposer ce silence de l’horreur, de la honte et de la culpabilité ?À quelle fin et jusqu’à quel terme ? »

Les questions que se pose le jeune Michael ne sont que lereflet d’une vérité : à présent, les jeunes générations ne savent pas plusque les précédentes comment réagir face à ces crimes : se taire ou enparler ? On constate néanmoins depuis quelques années que le tabou tombepeu à peu et que le thème de la Shoah est différemment abordé en classe, appuyéquand cela est possible par des témoignages et des documents d’archives. D’iciquelques années peut-être verrons nous disparaître toute cette gêne, propre àla dissimulation, et parlerons-nous plus librement des horreurs que l’hommepeut commettre au nom d’idéologies.

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