Le meilleur des mondes

par

L’homme du Meilleur des mondes

A. L’opposition entre vérité et bonheur 

 

Une véritable dichotomieest présente entre ces deux notions. La seule vérité entendue et propagée dans ce monde est celle émisepar « Sa Forderie », les livres étant interdits. Or, la parole d’unseul homme peut difficilement être considérée comme une vérité absolue, restantsubjective, soutenue par aucun autre élément extérieur. Comme les individus nepossèdent plus aucun libre arbitre ni sens critique, ils ne peuvent s’y opposer.Cette absence de place pour la réalité est particulière, mais c’est le moyen leplus simple de tenir un peuple sous sa coupe. C’est d’ailleurs ainsi que lesdictatures fonctionnent. La seule vérité est celle apportée par le grand chef.Les livres qui pourraient être supports de réflexion sont donc logiquement bannis.Nous pouvons prendre l’exemple de Hitler qui a fait brûler les livres lors del’Occupation pour ôter la connaissance : on parle alors autodafé qui, s’iln’a toujours l’évidence d’un bûcher, peut se mettre en place bien en amont dansune organisation dictatoriale.

La vérité est donc séparéedu bonheur. Cette idée est souvent reprise : la vérité empêcherait lebonheur car la vérité peut être crue, dure à entendre. Il serait doncpréférable de vivre dans un monde illusoire, chimérique, plutôt que d’affronterla réalité. Le monde de Huxley est ainsi : le bonheur est artificiel, ilest créé par le soma, et les perturbateurs sont mis hors-jeu, toute vague estimmédiatement stoppée : « Cetteseconde dose de soma avalée unedemi-heure avant la fermeture avait élevé un mur tout à fait impénétrable entrel’univers réel et leur esprit. » Ce n’est pas un véritable bonheur quiest ressenti, capable d’être comparé au malheur, c’est un bonheur créé par desdrogues, un bonheur non permanent qu’il faut recréer sans cesse. De plus, selonla logique du roman, le bonheur s’accompagne d’une perte de pensée. Les hommesne sont plus que des pantins, il n’y a plus de sentiments, d’émotions réelles,tous vivent dans une bulle, ensemble mais finalement séparés.

L’horreur d’un tel mondeapparaît comme évidente. Tout contraste dans les sensations est interdit, ettoute vie, qui demande ce contraste, est étouffée. L’absence de libre arbitrecomme l’absence de peine oblitèrent l’humanité.

 

B. Leréalisme des personnages

 

Le réalisme des personnages passe par plusieurs éléments.Tout d’abord, tous les noms de personnages sont inspirés de noms d’hommes et defemmes ayant réellement existé, et ayant joué un rôle important dans l’histoire.Bernard Marx est une référence au médecin Claude Bernard et à Karl Marx parexemple. Cette dénomination crée une sorte de « pont » entre les deuxréalités, entre ce Brave New World etle nôtre. Par ailleurs, les personnages représentent les différents typesd’attitude possible, la palette ou l’éventail des réactions possibles, que l’onpeut retrouver dans notre monde réel aussi : le personnage mal intégré àsa société, exclu, qui remet les choses en question, et cherche à faire changerles autres, sans toutefois échapper aux écueils sur son chemin. D’un autre côtéle personnage au contraire très bien intégré, qui fait tout « comme ilfaut », sans jamais remettre en question la société dans laquelle ilévolue, car elle lui semble presque idéale, dans tous les cas satisfaisante. Ily a aussi le personnage extérieur, l’étranger, qui est inséré dans la sociétésans en connaître les rouages, et qui ne comprend pas, ne s’acculture pas cartout est trop différent de ce qu’il a connu jusque-là. Le personnage qui dirigede son côté est plus ou moins maître de la situation, il appartient à l’éliteincontestée et reproduite, mais qui sait au fond que le système ne fonctionnepas ; néanmoins il veut sauver les apparences. Tous les personnagespeuvent donc s’apparenter aux types de personnes que l’on croise tous lesjours, les dirigeants politiques et économiques que l’on voit à la télé. Ceréalisme qui passe à travers les personnages nous permet de faire le parallèleavec notre propre société, et de réaliser que notre monde se choisit ou dumoins encourt certains des dangers illustrés par le roman.

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