Le neveu de Rameau

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Résumé

Le Philosophe, Moi – il s’exprime à lapremière personne –, a l’habitude de se promener dans les jardins du Palais-Royaloù il se plaît à méditer et fait des rencontres singulières. Un soir, lors d’unaprès-dîner au Café de la Régence, il rencontre l’original neveu du compositeurRameau, « Lui ». Le narrateur a peu d’estime pour ce personnagebizarre, « composé de hauteur et de bassesse, de bon sens et dedéraison », mais au contact duquel on peut apprendre des chosessingulières.

Un dialogue s’engage entre Lui et Moi, d’abordà partir de la critique des joueurs d’échecs, avant de dévier sur le thème del’homme de génie et son rapport à la société. Évoquant son oncle, le musicienJean-Philippe Rameau, le Neveu reconnaît les bienfaits des hommes de génie surla société puis les critique violemment car ils ne sont « bons qu’à unechose », ignorent l’idée de la citoyenneté et provoquent les maux surterre. En réponse, le Philosophe soutient que les hommes de génie, tel Racine,sont dignes d’être admirés car ils marquent l’histoire de l’humanité, et quepar conséquent, les écarts de leurs caractères et les particularités de leurspersonnalités peuvent être facilement pardonnés. Le Neveu ne partage pas cepoint de vue et remet en cause l’utilité de la gloire posthume des génies,estimant qu’il vaut mieux être riche et bon dans le siècle présent, etdéclarant qu’il préfère à titre personnel vivre le bonheur présent plutôt qu’êtreun homme de génie. Il chante ensuite un air des Indes Galantes, opéra de son oncle, puis mime la vie et le bonheurdu « grand homme », du musicien reconnu qu’il aurait pu être, seglissant successivement dans la peau d’un joueur de violon puis d’unclaveciniste.

À l’issue de sa performance, le Neveuraconte au Philosophe un souvenir personnel. Alors qu’il amuse l’assemblée chezla comédienne Mlle Hus, il profère une parole maladroite qui met fin àl’ambiance de fête et lui coûte sa place. À partir de ce souvenir, le Neveu selance dans un éloge du parasitisme puis mime des scènes de supplication devantses anciens protecteurs. Le débat s’engage alors autour de la dignité humaineet la façon dont la mort rétablit une forme d’égalité entre les hommes. Le Philosophese trouve de plus en plus déconcerté par la perversité et la turpitude de soninterlocuteur.

La conversation passe ensuite descapacités du Neveu aux leçons que donnait autrefois le Philosophe, puis àl’éducation des jeunes filles. Le Neveu remet en cause le principe del’éducation et interroge la capacité de l’homme à maîtriser sa science pour latransmettre aux autres. Évoquant les leçons de musique qu’il donnait sansmaîtriser les règles de l’art musical, le Neveu énonce sa théorie des« idiotismes moraux », expliquant que « chaque état a sesexceptions à la conscience générale », auxquelles il donne le nom « d’idiotismesde métier ». Le Neveu défend par là avec détermination une philosophie del’immoralisme. 

Par la suite, la discussion s’engage surles rapports entre morale et bonheur. Le Neveu se dit capable d’être heureux entirant profit de ses vices qui lui sont naturels, et il soutient que le bonheurne suppose pas nécessairement l’honnêteté. En guise de réponse, le Philosopheavance que le vrai bonheur consiste à aider les malheureux et à se réaliser àtravers l’exercice de la charité. En effet, il y a des devoirs moraux que toutcitoyen se doit de respecter et de mettre en œuvre. Il illustre sa thèse parl’histoire d’un jeune fils, d’abord méprisé de sa famille, qui part fairefortune à Carthagène puis, lorsque ses parents se trouvent spoliés par sonfrère cadet, revient les secourir et leur pardonne leur attitude. Le Neveurejette cette morale manichéenne et se défend en soulignant que l’hypocrisieest inévitablement ancrée dans la société et en évoquant l’exemple de personneshonnêtes et malheureuses.

Choqué par le discours de soninterlocuteur, le Philosophe lui propose de retourner vivre de ses flatterieschez ses anciens protecteurs. Le Neveu se défend en vantant son art de laflatterie qui demande du génie et des talents de comédien, qu’il dit avoirtoujours maîtrisés, sauf une fois, chez son protecteur le financier Bertin.L’évocation de ce souvenir lui offre une transition pour entamer unedescription violente de la « ménagerie » Bertin, fréquentée par desantiphilosophes sans talent qui rivalisent en basses flatteries pour gagner labienveillance de leur hôte. Entre poètes et musiciens aussi médiocres les unsque les autres, le Neveu a joué son rôle de « fou », mêlantimpertinence et turpitude. Sa lecture du théâtre de Molière et des Caractères de La Bruyère l’ont aidé àdévelopper son jeu d’acteur. S’il lit bien Molière pour s’y instruire, il n’ypuise cependant pas des éléments qui pourraient l’aider à vivre plushonnêtement, mais plus vicieusement tout en cachant ses vices : « Ainsiquand je lis l’Avare, je me dis : Sois avare si tu veux, mais garde-toi deparler comme l’avare. »

Vantant son métier de parasite, le Neveujustifie ses médisances et son attitude par un engagement en faveur de lajustice. Devant l’étonnement du Philosophe, le Neveu de Rameau expose sa moraledu « sublime dans le mal » qu’il illustre par l’histoire du renégatd’Avignon, ayant dénoncé par intérêt son ami juif à l’Inquisition, réalisantainsi un modèle sublime de méchanceté. Fier de son plaidoyer, le Neveu se lancedans deuxième grande pantomime musicale, une fugue réalisée a cappella.

Surpris par le discours du Neveu, le Philosophechange de sujet et la discussion s’engage sur « la Querelle desBouffons ». Louant l’art italien au détriment des œuvres françaises, leNeveu conçoit l’art musical comme une imitation de la passion. Puis il se lancedans sa troisième grande pantomime, mimant cette fois-ci à lui seul tout unopéra. Il joue, l’un après l’autre, chacun des rôles, et démontre au narrateurque la voix humaine, par l’intermédiaire du chant, est l’instrument de musiquele plus expressif et communicatif qui soit au monde.

Surpris et fasciné par les performances duNeveu, le Philosophe s’interroge sur le décalage entre l’immoralité criante deson interlocuteur et ses talents exceptionnels – « je vous aime mieux musicienque moraliste » lui dit-il. Invoquant son atavisme, le Neveu indique éduquer sonfils dans le respect de l’argent, et il lui souhaite de vivre dans le bonheur,la puissance et les richesses. Interrogé par le Philosophe sur son propre échec,le Neveu invoque sa nature et son manque de courage qui lui interdit de s’yopposer. Il avoue être contraint d’occuper sa position au sein de la sociétépour parvenir à vivre et résume sa conception de la vie dans une ultimepantomime où riches et pauvres se retrouvent. Seul le roi est dispensé depantomime car il ne tient pas de position dans la société. Répliquant que leroi rend également des comptes, à sa maîtresse et à Dieu, le Philosophe indiqueque le seul être qui mérite d’être dispensé de la pantomime est bien lephilosophe. Il explique qu’il arrive à échapper à certains inconvénients de lavie en société en renonçant au désir ; libéré du besoin, il n’a plus lanécessité de se plier aux obligations d’un quelconque maître pour obtenir sonreste : il peut vivre en toute intégrité.

Alors qu’il évoque sa défunte épouse, leNeveu est interrompu par la cloche de l’opéra, qui annonce le début duspectacle et met fin à la discussion. 

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