Le neveu de Rameau

par

Un roman à mettre en scène

             A. Le dialogue philosophique

 

         Le dialogue philosophiquea la particularité d’être la mise par écrit d’un discours entre un maître et sesdisciples. Par bien des aspects, Le Neveude Rameau est héritier de cette tradition. Ce récit dialogué se rapproche doncde par ses caractéristiques oratoires du théâtre, alternant récit et dialogue, lepremier étant bien souvent au service du second, lui servant de didascalie pourrait-ondire. Ceci nous est révélé par la construction interne et externe du texte.

         Le Neveu de Rameau commence par une introduction où Diderot décrit et plante ledécor de sa pièce, faisant une présentation sommaire des personnages, des comédiensqui la joueront. La pièce commence dès lors que l’un de ses comédiens, Rameau, abordele second. Leur dialogue est de temps en temps interrompu pour laisser libre coursà la pensée de « Moi » et l’expliciter, comme à l’occasion d’un aparté.

 

                     B. L’omniprésence de la pantomime

        

Les interruptions présentes dans le récit font aussi la partbelle à la pantomime qui est au fondement même du théâtre. On ne compte plus lesnombreuses imitations plus ou moins flatteuses de Rameau : le repentant, le joueurde violon, le mélancolique. Quel que soit son personnage, Rameau nous apparaît commeun véritable virtuose, parvenant à moduler les traits de son visage ou sa voix àson gré, incarnant tour à tour la grâce et la laideur. Cet artiste hors pair forcel’admiration du philosophe en parvenant à imiter à la perfection l’attitude du joueurde clavecin et la mélodie de l’instrument par le simple mime et le son de sa voix.Le Neveu de Rameau fait donc appel à tousles sens, comme une pièce de théâtre, en sollicitant par l’imagination ceux dela vue et de l’ouïe, tout en faisant appel à notre réflexion.

 

                     C. Le champ lexical du théâtre

        

Le vocabulaire théâtral est également fort présent dans le textede Diderot, et renforce la référence implicite à cet art. Rameau aime à raconterdiverses anecdotes dont il incarne les différents personnages, se donnant la répliqueà lui-même et jouant à lui seul une pièce de théâtre, modulant sa voix et sa postureafin de faciliter la compréhension de son interlocuteur. Durant l’une de ces histoires,celle du maître des sceaux et de son chien, il est fait référence au masque, objettypique du théâtre utilisé dans le cadre de la commedia dell’arte et du théâtreantique.

         En outre, Rameause livre à la critique des comédiens à la mode à l’époque de Diderot, dénigrantchacun pour leurs maigres qualités alors que lui, homme de génie, vit dans la misère.Il exprime donc son mépris pour ceux qui connaissent la gloire comme la Hus, laDangeville et la Clairon. Le nom de chacune de ces comédiennes est associé à ladisgrâce qui frappe tous ceux qui ont le malheur de les entendre : « la petite Hus» parvient par sa simple présence à rétrécir l’âme et l’imagination ; la Dangevillen’est à son sens qu’une « minaudière » qui joue platement et « prend elle-mêmeses grimaces pour de la finesse, son petit trotter pour de la grâce » ;la Clairon est empesée à l’excès. Mais ce n’est pas seulement les comédiennes qu’ilfustige mais encore cet imbécile de parterre qui continue de les acclamer.

Nous l’aurons donc compris, Rameau aime se mettre en scène parle biais de tous ces dialogues enchâssés et par ses imitations intempestives, faisantdu Neveu de Rameau un roman dynamique,particulièrement plurivoque et interactif, malgré ses deux seuls personnages,puisque l’un d’eux se multiplie.

 

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