Le portrait de Dorian Gray

par

L’influence négative et la volonté propre

Dorian,au début de l’œuvre, n’est qu’un garçon naïf et fortement influençable. N’ayantaucune idée préconçue, il est aisé de lui en implanter de nouvelles, dans uncerveau totalement dénué de réflexion. Ainsi, les premiers discours de LordHenry n’ont pas pour but de le rallier directement à sa cause, cependant,Dorian les considère directement comme un enseignement et les assimile, sansprendre le temps de peser la vérité des dires de l’aristocrate. Ainsi, il donneà l’influence de Lord Henry une importance disproportionnée, s’entraînantlui-même dans une spirale infernale. En effet, dès lors qu’il commence à croireen ces paroles valorisant la beauté et la jeunesse, et que l’idée lui vient defaire ce vœu qui le conduira à sa perte, il va considérer ces idées comme lessiennes, comme la révélation d’une vérité qui lui aurait été jusqu’alorscachée.

« Dorian Gray est mon plus cher ami, dit-il. C’est unesimple et belle nature. Votre tante a eu parfaitement raison de dire de lui ceque vous m’avez rapporté… Ne me le gâtez pas ; n’essayez point del’influencer ; votre influence lui serait pernicieuse. Le monde est grandet ne manque pas de gens intéressants. Ne m’enlevez pas la seule personne quidonne à mon art le charme qu’il peut posséder ; ma vie d’artiste dépend delui. Faites attention, Harry, je vous en conjure… »

Ainsi,si les fondements de sa corruption viennent de l’extérieur, le reste du travailest dû à lui et à lui seul : il se prend au jeu, se complaît dans desplaisirs futiles et la manipulation d’autrui. Il devient vil et cruel, etl’amour de sa propre personne lui fait considérer tous les autres commeinférieurs et indignes d’attention. Il va donc traiter ses futures compagnesavec mépris et pousser de jeunes gens à de mauvais comportements. Le cerclevicieux est enclenché, et lui-même rit des rumeurs qui courent à son sujet.

Maiscette apparente désinvolture est doublée de remords : chaque fois qu’ilest confronté à son portrait lui rappelant sa dégradation morale, il tente dese rattraper, d’absoudre ses fautes sans jamais y parvenir. On retrouve là lapart faible et naïve de son esprit, incapable du moindre combat et vide de lamoindre force.

« Mais il était trop tard, maintenant. Le passé pouvaitêtre anéanti. Les regrets, les reniements, ou l’oubli pourrait faire cela. Maisle futur était inévitable. Il y avait en lui des passions qui trouveraient leurterrible issue, des rêves qui projetteraient sur lui l’ombre de leur perverseréalité. »

Ainsi,c’est le tiraillement entre ces deux moitiés d’esprit, cette lutte acharnéeentre la corruption et les tentatives d’y remédier, qui vont le détruire. Ayanttrop profondément perdu le contrôle de lui-même, il ne trouve le salut qu’enpoignardant son portrait, devenu son âme : et ce geste le tue dans le mêmemouvement.

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