Le Rapport de Brodeck

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Le crime : fruit d’une peur qui appelle à la déshumanisation

Au cœur d’une guerre qui éloigne les âmes unpeu plus chaque jour, une seule constante : la peur. À l’origine de chaquecrime commis relaté dans le Rapport, il est une peur : la peur desFratergekeime de voir leur peuple détruit, qui les pousse à éliminer tout les« Frëmder » qu’ils peuvent ; la peur des villageois de voir leurvillage se transformer, de se voir percés à jour et d’être mis face à leursfailles par un étranger ; leur peur des dons hors du commun de l’Anderer,qu’ils ne comprennent pas – autant de peurs qui poussent à assassiner. S’ajoutela peur de la mort de Brodeck et de Kelmar dans le train qui les mène au camp,qui les conduit à voler la vie d’une femme et de son enfant ; mais encorela peur de Diodème qui redoute le regard de Brodeck sur la trahison qu’il acommise, et qui le mène à se donner la mort.

C’estcette peur qui fait perdre à chacun un peu de son humanité : « Je saiscomment la peur peut transformer un homme. » Dans le camp, cettedéshumanisation est omniprésente et d’une manière très concrète, que ce soit ladéshumanisation des opprimés, décrits comme des bêtes soumises etinintéressantes : « Les gardes ne m’appelaient plus Brodeck mais ChienBrodeck » ; « Je devais renifler comme un chien renifle, mangercomme un chien mange, pisser comme un chien pisse » ; « Nousn’étions plus des hommes. Nous n’étions qu’une espèce » ; ou desoppresseurs, décrits comme des charognards : « Les trois corneillesprenaient leurs places. Je ne sais pas si c’étaient les mêmes chaque jour.Elles se ressemblaient tant. Les gardiens aussi se ressemblaient tous, mais euxne mangeaient pas les yeux, ils se contentaient de nos vies. » Cette déshumanisationau sein de la guerre fait écho à celle que révèle Brodeck dans le village.Néanmoins, la déshumanisation dans le village est moins concrète, elle est sous-jacente.Dans le village mené par Orschwir, lequel voit les villageois comme un bétailinconscient, certaines figures prennent des formes inhumaines : « Le corpsde Göbbler et sa tête de basse-cour se sont découpés dans l’embrasure, à lafaçon des silhouettes que les petits vendeurs des rues […] taillaient auxciseaux dans du papier noirci à la fumée, et qui représentaient des gnomes oudes monstres », et l’on en vient à envier le sort des animaux :« C’était l’Ohnmeist [un vieux chien], plus maigre qu’un clou, quis’étirait et bâillait. – C’est encore lui le plus heureux, dis-je. »

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