Le Rapport de Brodeck

par

Orschwir

Face à Brodeck et son effroi devant le meurtrede l’Anderer, se dressent les villageois, qui lui imposent la rédaction du Rapportqui les disculperait d’un acte dont ils ne se jugent pas responsables. Derrièreeux, se dissimule Orschwir. D’un calme et d’une rationalité sans failles, le mairerustre et brut d’apparence – « Ce n’est pas un mauvais homme, bien qu’ilsoit aussi laid qu’un régiment barbare au grand complet » –, estl’autorité indiscutable et indiscutée. Il est la raison froide d’un systèmequ’il veut efficace avant tout, où la survie du plus grand nombre est le facteurle plus important, et dont le plus grand ennemi est la conscience du passé. Ilen vient ainsi à prôner l’efficacité de l’inconscience animale, notamment desporcs qu’il élève, qui ne s’embarrassent pas des tourments humains :« Ils ne sont jamais rassasiés. Et tout leur est bon. […] Ils ne laissentrien derrière eux, aucune trace, aucune preuve. Rien. Et ils ne pensent pasBrodeck, eux. Ils ne connaissent pas le remords. Ils vivent. Le passé leur estinconnu. Ne crois-tu pas que ce sont eux qui ont raison ? »

Ayant les rênes du village en main, Orschwirmet en place une hiérarchie dissimulée. Au sein de « la confrérie del’éveil », les membres décident arbitrairement du sort de chacun, se fontjustice, dans un creux de montagne coupé du monde où leurs décisions ne serontpas discutées. Sans être manipulateur, Orschwir n’est ni hypocrite, ni sincère ;il estime ne devoir rendre de comptes à personne. Comme il en est des animaux,il considère que les villageois ont besoin d’un maître, et il se place alorscomme une figure toute-puissante qui décide pour les autres : « Je suis leberger » ; « Un bon berger sait et fait tout cela, qu’il aime ounon ses bêtes. […] Les bêtes savent-elles d’ailleurs qu’elles ont un berger quifait tout cela pour elles ? Le savent-elles ? Je ne crois pas. »L’Anderer représente pour lui une danger pour « son troupeau », toutcomme Brodeck au moment de la venue des Fratergekeime, et il considère lesacrifice de quelques-uns comme préférable à la perte de son pouvoir, unintérêt personnel qu’il associe sournoisement à la préservation duvillage : « On confie des bêtes au berger. […] Il doit les préserverde tout danger […] de certaines plantes qui les feraient gonfler et mourir, decertains nuisibles ou rapaces qui pourraient s’attaquer au plus faible, et desloups bien sûr, lorsque ceux-ci parfois viennent rôder près destroupeaux. »

Orschwir est le maître dans l’ombre, sanshaine et sans préjugés, mais dépourvu de remords et de pitié, s’alliant à ceuxqui, tout comme lui, font primer l’ordre sur tout, quitte à voir les hommescomme des bêtes : « Tout cela finissait par danser une cabriole dans moncrâne, les porcs, le visage calme et confiant de l’Anderer, une sarabande sansmusique, avec pour seul violon le calme effroyable d’Orschwir. »

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