Le Roi se meurt

par

La hantise de la mort

La pièce d’Ionesco a pour but de présenter lesdifférents comportements humains face à la mort. En effet, si les troispersonnages que nous venons de présenter incarnent chacun une facettedifférente de ce que l’on peut ressentir face à une mort certaine et imminente(refus obstiné pour le roi, contournement désinvolte pour Marie, acceptationstoïque pour Marguerite), l’évolution même du personnage du roi estintéressante à étudier en ce qu’elle rassemble, dans le même être, une réactionen chaîne qui justifie l’omniprésente peur de la mort que Ionesco semble croireprésente en chacun de nous.

 

« LEROI : Il n’est pas naturel de mourir, puisqu’on ne veut pas. Je veux être. »

 

Le roi Bérenger passe par différentes étapesdans le cheminement qu’il parcourt jusqu’à la mort. Tout d’abord, lorsque lediagnostic du médecin tombe, il se rebelle, se met en colère, vitupère contre sonauteur. L’émetteur du diagnostic est cependant un homme de confiance, mais celane suffit pas à calmer le roi : cet homme de science affirme, par laconnaissance et la raison que son métier lui confère, quelque chose sur quoi leroi, même avec son statut tout-puissant, ne peut influencer. Cette rage danslaquelle il rentre traduit un sentiment d’injustice et surtout d’impuissanceface à cet évènement. La mort est quelque chose qui vole au quotidien sarégularité, qui oblige à s’adapter, et cette notion n’est pas supportable pourle roi. L’impuissance qu’il ressent, cette incapacité à contrôler sa situation,le sentiment que sa propre vie lui échappe se traduisent donc premièrement parla colère qu’il éprouve, puis se transforment à la fin de la pièce en unecrainte primitive de l’homme face à son destin.

« LEROI : Ô Soleil, aide-moi, soleil, chasse l’ombre, empêche la nuit. Soleil,soleil, éclaire toutes les tombes, entre dans tous les coins sombres et trouset les recoins, pénètre en moi. Ah ! Mes pieds commencent à refroidir,viens me réchauffer, que tu entres dans mon corps »

La conséquence de l’impuissance se manifesteici par le comportement du roi qui s’effraie de ce qu’il ne peut contrôler. Ledésir de dominer les évènements traduit en effet une peur constante del’inconnu, du néant qui peut se trouver derrière ce que l’on n’a pas prévu, dansce qui se trouve hors du cadre de notre action.

Ainsi, en reconnaissant que nous sommesimpuissants face à la mort, nous nous livrons à la volonté de quelque chose quinous dépasse en courant le risque que ceci nous plonge dans un inconnu dont nulne peut prédire la nature.

« LEROI : Des milliards de morts. Ils multiplient mon angoisse. Je suis leursagonies. Ma mort est innombrable. Tant d’univers s’éteignent en moi. »

Ionesco, par le biais du combat émotionnel quise livre en le roi Bérenger, nous montre ainsi le chemin qu’il est nécessairede parcourir afin de justifier cette peur de la mort que nous ressentons tous.Une fois ce chemin analysé, nous nous rendons donc compte qu’il a pour sourcela peur et le désir de contrôler notre vie. Pour en échapper, il faut doncrendre au hasard ce qui lui appartient, en admettant que la mort ne dépend pasde nous. L’auteur semble donc nous livrer les utopiques clés de la guérisond’une obsession si présente en chacun.

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