Le Roman comique

par

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Paul Scarron

Paul
Scarron est un écrivain français né à Paris en 1610 et mort dans la même ville
en 1660. Il est surtout connu pour être l’auteur du Roman comique et un grand représentant du registre burlesque.

Issu
d’une famille aisée – son père est conseiller au Parlement de Paris –, sa
jeunesse est marquée par le remariage de son père lorsqu’il a sept ans, et une
mauvaise entente avec sa belle-mère.

Il
n’accepte pas tout de suite l’état ecclésiastique vers lequel son père le
pousse, car il est un jeune homme tenant aux plaisirs du monde : alors
qu’il est attaché à l’évêque du Mans, Charles II de Beaumanoir, il fréquente
par exemple la célèbre courtisane Marion Delorme.

Il devient
chanoine de la cathédrale du Mans après avoir vécu un temps à Rome, ce qui ne
l’empêche pas de frayer avec les troupes théâtrales de passage – fréquentations
qui lui inspireront son œuvre principale – et de participer aux divertissements
de la ville.

Dès sa
vingt-huitième année, une paralysie le frappe – à l’occasion d’un carnaval dit
la légende –, qui n’entache pas son humeur badine : il reste prompt à rire
de lui, comme de tout.

En 1640
il retourne à Paris, connaît un long procès suite au détournement de l’héritage
de son père par sa belle-mère, et tient un salon où se réunissent de beaux
esprits de la cour.

Le
burlesque, venu d’Italie, avait été illustré par Mathurin Régnier dans ses Satires, mais c’est Paul Scarron qui le
met à la mode, d’abord dans son Recueil
de quelques vers burlesques
dès 1643, où les poèmes sont plutôt courts, puis
dans les diverses parties de ses Œuvres
burlesques
publiées entre 1643 et 1651. Dans l’intervalle, il publie aussi Le Typhon ou la Gigantomachie, poème
burlesque – où le combat mythique devient ridicule, tombant des nues – peu
goûté de son dédicataire, Mazarin.

Scarron
connaît un grand succès au théâtre avec Jodelet
ou le Valet-maître
, comédie en cinq actes et en vers représentée au théâtre
de l’Hôtel de Bourgogne en 1645, écrite à partir du texte de l’Espagnol Francisco
de Rojas Zorrilla. Don Juan d’Alvarade, après une bourde de son valet Jodelet –
il a envoyé à la promise de son maître son propre portrait –, décide de
profiter de la situation pour observer Isabelle, qui lui est destinée, d’un
regard extérieur. Mais la balourdise du valet et l’irruption sur la scène de
don Louis, cousin d’Isabelle en qui Don Juan reconnaît l’homme qui par le passé
a séduit sa sœur Lucresse, menacent de faire échouer le mariage. La pièce
connaîtra des suites dans le même registre burlesque à travers Les Boutades du capitaine Matamore (1646)
et Les Trois Dorothées ou Jodelet
duelliste
(1647).

Scarron
publie avec succès les sept livres de son
Virgile travesti
entre 1648 et 1653, quinze ans après L’Énéide travesti de l’Italien Giambattista Lalli. L’épopée d’Énée –
du moins jusqu’au chant VII – y est retracée, déformée par des anachronismes
qui permettent à l’auteur d’évoquer les événements contemporains dans la
capitale, d’en appuyer les contradictions. À leur propos, affleurent les
jugements d’ordre moral de Scarron, sur un ton ricaneur, dans une atmosphère
extravagante. L’ouvrage brille parmi la littérature burlesque du XVIIème
siècle, de par la finesse et la rigueur avec lesquelles l’auteur, malicieux,
reprend les topoï de l’œuvre originale.

En 1653, Entre fous va le jeu de Francisco de
Rojas Zorrilla – et son type du cocu content de lui – inspire à nouveau Paul
Scarron qui fait représenter Don Japhet
d’Arménie
. À cette époque, Scarron épouse, par charité, celle qui deviendra
connue sous le nom de Mme de Maintenon. Notons que parmi les pièces de Scarron,
La Précaution inutile inspirera
Molière quand il écrira L’École des
femmes
, tandis que Les Hypocrites
fournira le sujet de Tartuffe.
Molière s’inspirera d’ailleurs du talent de Scarron pour les dialogues, qui
apparaissent toujours vifs et naturels. À ce sujet Boileau écrit :
« On ne vit plus en vers que pointes triviales ; le Parnasse parla le
langage des halles. »

En 1651,
Paul Scarron livre la première partie du Roman
comique
– dont la seconde paraît en 1657. C’est son expérience des
ridicules de la province, directement observés au Mans, que l’auteur utilise
ici, dans la veine des romans picaresques espagnols. Mais au premier chef,
c’est la profession de comédien, mal considérée alors, faite de vagabondages,
qui est illustrée, au travers des mœurs d’une troupe se produisant en province,
au point que l’œuvre constitue un témoignage fort important, permettant de
documenter l’histoire du théâtre au temps de l’« Illustre théâtre »
de Molière quand il ne se produisait pas encore à Paris. Le récit mêle
plusieurs intrigues autour de comédiens dont on suit les tribulations : la
Caverne, le Destin, la Rancune, Mlle de l’Étoile entre autres, et du metteur en
scène Roquebrune, qui tous arrivent au Mans ; la ville devient le cadre de
nombreuses échauffourées au fil des chapitres. L’œuvre est à la fois satirique
et réaliste ; ne s’asseyant sur aucune cohérence, elle brille surtout par
la précision et la nervosité du style, la clarté de la langue et la fantaisie
des images utilisées. Dans cette œuvre plurielle s’enchaînent des boutades et
des scènes d’émotion. L’œuvre repose en partie sur des personnages hauts en
couleur que Paul Scarron sait caractériser précisément, comme La Rapinière,
faux jovial qui abuse en réalité de ses pouvoirs de prévôt, escroquant les
provinciaux sous sa coupe.

Scarron
meurt à cinquante ans aimé et très entouré. Théophile Gautier, louant le
burlesque chez Scarron, voit en lui « l’Homère de l’école bouffonne, celui
qui résume et personnifie le genre… Sa langue charmante, colorée, naïve, forte,
libre, fantasque, élégante, grotesque, se prête à tous les besoins, à tous les
caprices de l’écrivain, elle est aussi propre à rendre les allures hautaines du
Cid qu’à charbonner les murs des cabarets de chauds refrains de
goinfrerie. »

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