Le Roman comique

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Le voyage et les aventures : un semblant de réalisme

Le voyage et les aventures nourrissent tout à fait le genre d'écriture propre à Scarron, le genre burlesque dans la comédie. Le voyage est un thème fondateur : chaque personnage raconte ses expériences, partout en France, en Italie… Ces aventures sont celles d'une troupe de théâtre, de comédiens qui arrivent dans la ville du Mans et qui seront témoins d’événements surprenants, voire complètement loufoques. La première partie du roman a pour scène la ville du Mans, à deux endroits : les Halles et l’Hôtellerie de la Biche, qui existent réellement. Puis ils voyageront dans le département de la Sarthe, à Alençon, Bellême, Château-du-Loir.

Toutes ces aventures proviennent de nombreuses sources d'inspiration, notamment des nouvelles espagnoles, traduites par l'auteur, qu'il a adaptées à son roman. Chaque aventure aura un personnage principal et un narrateur, qui varient selon le récit. Chaque personnage a donc plusieurs récits à son actif, dont il est le narrateur.

L'auteur n'hésite pas à employer au début de son roman un vocabulaire grandiloquent afin de faire ressembler sa présentation des personnages à celle d’Homère dans l'Iliade ou l'Odyssée, employant de nombreuses métaphores épiques, pour plonger le lecteur dans un genre d'épopée et donc une annonce d'aventures, ce qui peut surprendre : « Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu’il ne voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d’un demi-quart d’heure. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans. » Notons aussi les nombreux verbes conjugués à l'imparfait du subjonctif. Mais ce style est trompeur, le roman embrayant rapidement sur un style plus théâtral et simple, avec le mot « charrette » à l'arrivée de la troupe.

L'auteur, qui est également narrateur, car il se représente dans le personnage de Ragotin, interrompt souvent le récit, comme s'il voulait en souligner la véracité, ajouter des détails de son cru ou comme s'il narrait des souvenirs qu'il avait vécus, conférant au roman un semblant de réalisme, en s'adressant directement au lecteur dans un style très oral : « peut-être que, sans emplir mon livre d'exemples à imiter, par des peintures des actions et de choses tantôt ridicules, tantôt blâmables, j'instruirai en divertissant », ce qui tranche avec le reste de l'écriture. Ragotin n'est pas le narrateur du récit entier, mais raconte de nombreux épisodes du roman.

Cela donne une impression de narration comme au théâtre, qui explique les faits, la situation ou la manière dont les personnages ressentent certaines émotions. Mais ce réalisme garde une dimension importante, car ce roman est aussi, par les aventures narrées, un témoignage sur les conditions de vie des comédiens à cette époque ; on dit à ce sujet que la troupe dépeinte par Scarron est celle de Philandre, ou encore celle de Molière et de son « Illustre théâtre ».

Scarron souligne ainsi la difficulté de la comédie nomade : le métier est toujours considéré comme infamant, les femmes sont vues telles des prostituées, ce qui renforce la précarité de leur situation. Les jeunes comédiennes sont accostées par « les plus échauffés godelureaux de la ville », et leur description prouve bien leur pauvreté : « Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet de nuit entortillé de jarretières de différentes couleurs, et cet habillement de tête était une manière de turban qui n'était encore qu'ébauché et auquel on n'avait pas encore donné la dernière main. Son pourpoint était une casaque de grisette ceinte avec une courroie, laquelle lui servait aussi à soutenir une épée qui était aussi longue qu'on ne s'en pouvait aider adroitement sans fourchette. Il portait des chausses troussées à bas d'attache, comme celles des comédiens quand ils représentent un héros de l'Antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l'antique que les boues avaient gâtés jusqu'à la cheville du pied. »

L'auteur dépeint aussi la vie dans les provinces françaises : en effet l'auteur se moque des provinces et des provinciaux qui essaient d'imiter les Parisiens.

Les nombreuses aventures font de ce roman un roman d'initiation, de par le jeune âge des personnages principaux (le Destin et l'Étoile), et de par leur évolution suite à ces péripéties. Par exemple, l'enlèvement de l’Étoile, commandité par Saldagne, conduira le Destin à se lancer à la poursuite des ravisseurs et à faire preuve de courage et de détermination.

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