Le Roman comique

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Le théâtre : un roman de comédie

Paul Scarron avait un profil d'écrivain plutôt atypique pour son époque. Si dès le XVIIe siècle, des auteurs tels que Jean de La Fontaine ou Molière ont pu se moquer à diverses reprises des précieuses et du style précieux, symbole de la mode de la préciosité qui dominait la Cour royale à l'époque, Scarron prenait déjà dans les années 1650 le contre-pied total de ce type d'écriture. Il était en effet totalement à l'opposé du genre de littérature tel que représenté par La Princesse de Clèves (1678). Il rejette donc le style sublime, les passages héroïques ou les personnages nobles et d'un courage chevaleresque. Ce rejet se fait aussi au sujet des décors trop parfaits et des relations stéréotypées des personnages. Par le biais d'un style direct, simple et satirique, Scarron rend hommage aux troupes de théâtre de son siècle, à cette forme d'art nomade, en soulignant dès les premiers chapitres son attention portée au comique : « troupe comique, bagage comique, habit comique ».

Théophile Gautier lui rendra un hommage appuyé, reconnaissant le fait que Scarron tranchait dans le paysage littéraire de son temps : « Du temps de Louis XIII, il régnait en littérature un goût aventureux, une audace, une verve bouffonne, une allure cavalière tout à fait en harmonie avec les mœurs raffinées. Paul Scarron est en quelque sorte l'Homère de cette école bouffonne, celui qui résume et personnifie le genre ».

Autre trait rapprochant le roman du théâtre, le lecteur est informé de tout sur les personnages, et sait tout, comme s'il était spectateur d'une représentation, mais cela n'empêche pas les combines, les magouilles, les mensonges et les stratégies des personnages, alors que le lecteur connaît toute la vérité : seuls les autres personnages ignorent de quoi il en retourne.

Sur divers points le titre peut apparaître comme un oxymore : en effet, le roman peut évoquer des sentiments, des héros, une histoire hors du commun. À l'opposé, le comique était à l'époque loin de faire partie des styles nobles, et s'adressait plutôt à des gens simples, au peuple, ce qui peut ainsi surprendre. Scarron a écrit de nombreuses comédies, avant ce roman, qui constitue son chef-d'œuvre.

Cet oxymore et ce mélange des genres se retrouvent tout à fait dans les patronymes des deux amoureux du roman : Garrigues, qui semble un prénom simple et populaire, et Mademoiselle de la Boissière, qui évoque évidemment la noblesse et la haute société.

En parallèle de cette histoire d'amour un peu romanesque, on rencontre le personnage Ragotin, personnage ridicule, simple et niais, typique de la comédie burlesque, représentant une version stupide et laide de Garrigues. Ce personnage, également narrateur pour une bonne partie du roman, représente le burlesque à lui seul : il se retrouvera nu sur sa mule alors qu'il traverse la campagne, il se fera piquer par des mouches, aura des problèmes avec le père Giflot et les religieuses de son église, il sera ligoté dans une grange, se fera attaquer par un chien, piquer par des abeilles, etc.

Les nombreux personnages, cités sous leurs noms de scène et quasiment jamais via leur véritable identité, prouvent bien cet hommage : la Caverne, Roquebrune, la Rancune, Ragotin sont bien des noms drôles, comiques et parfois évocateurs, qui soulignent la trivialité du récit.

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