Le Roman de la momie

par

La place des femmes

ThéophileGautier accorde une place particulière aux femmes dans son Roman de la momie. En effet, l’auteur est habitué auxnouvelles et aux histoires mettant en scène des personnages féminins auxqualités poussées à l’extrême, idolâtrées, dont la féminité et latoute-puissance sur leur entourage sont magnifiées. En effet, Arria Marcella, Une nuit avec Cléopâtre, et désormais Le Roman de la momie réservent une place de choix à la genteféminine. Le personnage féminin y est souvent présenté sous les traits d’unecréature antique de rêve, que le temps n’a pas encore pervertie. Ces femmesmises en scène par Gautier ne sont jamais présentes directement dans la réalitédes autres personnages mais sont perçues à travers le temps, revêtent unedimension onirique, il y a une barrière entre elles et les personnages du monderéel qui leur permet de rester intactes, ancrées dans un cadre précis duquelleur figure mythique ne peut être arrachée.

DansArria Marcella, la troublante femmeitalienne appartient au monde du rêve et reste en contact avec le mondecontemporain par le biais d’une sculpture de lave. Ici, dans Le Roman de la Momie, c’est une analepsequi permet de rencontrer Tahoser, Ra’hel, et les autres personnages féminins del’histoire. La femme égyptienne est donc ici conservée bien à l’abri de l’usuredu temps moderne, derrière le carcan des âges. La distance créée de cette façonlaisse l’imagination courir puisqu’elle n’aura pas eu le temps de vieillir dansl’esprit du lecteur. L’histoire raconte sa jeunesse resplendissante, et elle c’estéternellement jeune qu’elle restera, sa beauté ayant été littéralement momifiéetelle qu’elle avait existé, et peut encore séduire le lord anglais de l’époquecontemporaine, Gautier craignant assez peu d’exploiter des sentimentsnécrophiles dans ses œuvres.

Tahoserreprésente donc la femme magnifiée, toute-puissante de par son physique qui luipermet de conquérir le monde. Cette beauté est utilisée comme une arme à doubletranchant : au début, elle ne désire ni les faveurs d’Ahmosis, un jeuneguerrier qu’elle n’aime pas vraiment, ni Pharaon, dont elle va finalementdevenir l’épouse. Cependant, sa beauté lui permet de s’élever au rang de reineet de gagner l’amour de Poëri, même si elle lui apparaît comme étant d’un rangbien inférieur avec son déguisement. Sa beauté parvient à abolir toutedifférence sociale, puisque son entourage la voit tour à tour tantôt comme unedivinité (selon Nofré, sa servante), tantôt comme une reine aux yeux dupharaon, tantôt comme une simple et belle jeune fille pour Poëri. Nous pouvonsretrouver cette conception de la beauté chez Ra’hel, très aimée de Poëri, etdont le physique est envié par Tahoser elle-même.

« La lumière donnait en plein surla figure de Ra’hel, et Tahoser l’étudiait en silence, malheureuse de latrouver si régulièrement belle. En vain, avec toute l’âpreté de la jalousieféminine, elle y chercha un défaut ; elle se sentit non pas vaincue, maiségalée ; Ra’hel était l’idéal israélite comme Tahoser était l’idéal égyptien.Chose dure pour un cœur aimant, elle fut forcée d’admettre la passion de Poëricomme juste et bien placée. »

Maisles deux femmes partagent de plus toutes les qualités, et Gautier les exacerbe :elles sont courageuses, fidèles, aimantes jusqu’à la mort. L’instantanéité dela naissance de l’amour de Tahoser pour Poëri lui donne la déterminationd’abandonner les plaisirs matériels de sa vie d’héritière d’un grand prêtreégyptien, et de revêtir l’identité d’une souillon afin de chercher la demeurede l’objet de son amour. La générosité de Ra’hel la conduit à partager sonfutur époux avec la jeune Égyptienne, consciente du trouble qu’elle connaît.Ainsi, le tempérament des deux femmes principales du récit constitue la clé deleur réussite commune, de par leur fidélité, leur détermination et leur générosité.

Lesfemmes dans le roman sont également présentes à chaque péripétie, chaquerebondissement de l’histoire. Il est vrai que dès le début, le lecteur estplongé dans un monde où la femme est présente partout, mais majoritairementcomme un élément décoratif, destiné à apporter grâce et beauté au tableau déjà magnifiquedécrit. En effet, les scènes des maîtresses du pharaon prenant leur bain, dessuivantes de Tahoser jouant de la musique à ses pieds, tout ceci contribue àmagnifier la femme mais sans pour autant lui donner une place prépondérantedans l’histoire. Cependant, cette fonction-ci se voit inversée grâce aupersonnage de Thamar par exemple, la servante de Poëri qui, par sadénonciation, relance Pharaon sur les traces de la jeune Égyptienne, ou encorelorsque Nofré la suivante se voit accorder l’intégralité d’un chapitre quandelle découvre que Tahoser a disparu.

Ainsi,par leur importance dans l’histoire, des portraits magnifiques et la perfectionde leur caractère qui leur ouvre les portes de la réussite, les femmes, et nonpas seulement une femme, ont une importance majeure dans Le Roman de la momie.

« Nous touchons sans doute àquelque point obscur, à quelque mystère perdu de l’histoire. Une femme estmontée sur le trône des pharaons et a gouverné l’Égypte. Elle s’appelaitTahoser, s’il faut en croire des cartouches gravés sur des martelagesd’inscriptions plus anciennes ; elle a usurpé la tombe comme le trône, oupeut-être quelque ambitieuse, dont l’histoire n’a pas gardé souvenir, arenouvelé sa tentative. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La place des femmes >