Le Roman de la momie

par

Un roman historique

Le Roman de la momie est un roman totalement inventé pour ce qui est de l’histoire d’amour de Tahoser. Cependant, son contexte a été au préalable savamment étudié. Théophile Gautier nous livre ainsi un tableau relativement complet de ce qu’était la vie à l’époque des pharaons. Il se montre savant à l’occasion de descriptions minutieuses de bijoux, de parures qui réfèrent aux us et coutumes de l’époque. Il connaît la manière dont ces objets étaient employés, mettaient en avant la condition sociale de ceux qui les portaient. Par exemple, la coiffe de Tahoser est mise en opposition avec une coiffe plus élaborée représentant un vautour, et signale l’âge adulte de la femme et sa maturité. La minutie avec laquelle l’auteur s’attache ensuite à détailler le cortège d’honneur du pharaon, groupe par groupe, témoigne d’une grande fidélité aux lois hiérarchiques et à l’ordre social de l’époque. Il en va de même de sa connaissance des coutumes guerrières : enchaînement des esclaves, fanfares de musiciens classées par ordre, hiérarchie imposée dans la présentation des captifs, les barbares venant les premiers, puis les femmes pouvant servir de maîtresses au pharaon, etc. Enfin, vient le rituel de la déclamation des faits d’armes du monarque par un héraut selon tout un cérémonial. Ainsi, l’auteur nous livre un récit digne d’un roman historique en renseignant très précisément le lecteur sur des coutumes inconnues ou presque du lectorat de son époque.

« [Le héraut] proclamait d’une voix forte, retentissante comme une trompette d’airain, les victoires du Pharaon : il disait les fortunes des divers combats, le nombre des captifs et des chars de guerre enlevés à l’ennemi, le montant du butin, les mesures de poudre d’or, les dents d’éléphant, les plumes d’autruche, les masses de gomme odorante, les girafes, les lions, les panthères et autres animaux rares ; il citait le nom des chefs barbares tués par les javelines ou les flèches de Sa Majesté, l’Aroëris tout puissant, le favori des dieux. »

Non content de décrire le faste du triomphe pharaonique, les pratiques champêtres de l’époque ne lui sont pas non plus inconnues, ce qu’il nous prouve dans l’une des scènes de la vie paysanne que contient le roman. Lorsque Tahoser participe à la moisson du blé, le lecteur peut ainsi constater la minutie historique dont Gautier fait preuve : description des bœufs, manière de séparer les grains de l’épi, chant relatif à la moisson, etc. – tout est passé en revue pour immerger le lecteur dans l’histoire en plus de l’édifier.

Théophile Gautier, ce faisant, répond donc à la demande croissante d’Européens désireux de se repaître d’exotisme et de connaissances du monde antique, qu’ils considèrent, au même titre que l’Orient en général lors de la période romantique, comme une inépuisable source de mystère et d’art. En nous fournissant suffisamment d’informations pour que le roman fasse revivre tout un monde, Gautier ancre définitivement le lecteur dans un cadre propice à la découverte d’une histoire exposant des mœurs qui lui sont tout à fait étrangères.

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