Le Roman de la Rose

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Présentation

Le Roman de la Rose n’est pas à proprement parler un roman où se développe une intrigue, c’est une œuvre poétique en deux parties écrite en français médiéval, composée au Moyen Âge par deux auteurs distincts. C’est l’un des textes fondateurs de la littérature française.

La première partie de l’œuvre a été composée par Guillaume de Lorris entre 1230 et 1235. Elle comporte un peu plus de 4 000 vers. Il s’agit d’un rêve dans lequel le chevalier doit accéder à un trésor précieux : un bouton de rose au cœur d’un jardin clos. Le poème décrit les multiples épreuves que le chevalier doit affronter dans sa quête, les obstacles nouveaux qui s’élèvent devant lui au fur et à mesure de son avancée vers le buisson de roses, objet de ses désirs. Cette quête est une allégorie qui représente l’amour courtois en vogue au sein de la noblesse française à cette période du Moyen Âge.

En effet, les chevaliers de la deuxième partie du règne de Philippe-Auguste ont des raisons de trouver le temps long. Les grandes guerres continentales ont pris fin avec la bataille de Bouvines et la croisade contre les Albigeois, et pour guerroyer il faut partir bien loin, en Terre Sainte, pour prendre part aux Croisades. Comment déployer son énergie ? En jouant à une fausse guerre dans le cadre des tournois et en courtisant un objet inaccessible, la femme mariée et supposée pure d’un suzerain.

L’amour courtois, par essence, est chaste et poétique. Le chevalier du poème de Guillaume de Lorris ne cueillera jamais le bouton de rose qui dort dans le jardin. Cette première partie du Roman de la Rose est une sorte d’Ars Amandi, un art d’aimer qui n’est pas sans rappeler l’œuvre du poète latin Ovide. Tout n’est qu’allégorie et allusion dans ce long poème. Rien n’y rappelle les lourdes contraintes de la société féodale. Cette première partie s’inscrit parfaitement dans l’esprit de son temps, puisqu’on retrouve dans le style le raffinement artistique également développé dans l’architecture gothique ou dans la composition musicale, où la polyphonie atteint un degré de quasi-perfection. De plus, la récente conquête du Languedoc a permis aux rudes cités du Nord d’importer les us et coutumes policés des cours méridionales. Le Roman de la Rose va donc se répandre dans la très haute société, sous forme de livres manuscrits dont le texte est écrit lettre à lettre et les pages ornées de riches enluminures. Il fallait être très, très riche pour posséder un tel livre en ce temps-là.

La deuxième partie est bien différente. Plus longue, elle compte près de 18 000 vers. Elle est l’œuvre de Jean de Meung et a été composée, pense-t-on, entre 1270 et 1280. Le début de la composition a lieu à la fin du règne de Louis IX, plus connu sous le nom de Saint Louis. Quarante ans se sont écoulés depuis la composition de la première partie du Roman de la Rose. Les Croisades font partie du passé, de même que les guerres féodales. Une certaine stabilité territoriale et politique a permis à une économie marchande de se développer. Si les joutes en champs-clos réservées aux nobles chevaliers – les tournois – existent toujours, il en est d’autres qui ont pris de l’importance : les joutes de l’esprit, fruits de l’étude des textes antiques d’Aristote. C’est le nouvel esprit dans lequel s’inscrit la deuxième partie du Roman de la Rose.

Le public du poème s’est élargi. Aux chevaliers et gentes dames se sont ajoutés les clercs qui savent lire et écrire et les bourgeois qui ont la bourse suffisamment garnie pour s’offrir un coûteux exemplaire du livre. Ce sont des lecteurs moins avides d’idéal et plus proches de la réalité du monde. Guillaume de Lorris invitait le chevalier à la résignation : jamais il ne pourrait cueillir la rose. Jean de Meung, pour sa part, refuse cette chasteté amoureuse et incite les amants à aller au-delà des interdits de l’amour courtois et à écouter les appels de la nature, afin de consommer par le corps un amour qui ne se contente plus de l’esprit. En ce sens, la seconde partie du Roman de la Rose est beaucoup plus proche des réalités humaines, et plaît donc à un public plus large. Les hommes y sont animés de désirs charnels, les femmes y expriment des sentiments loin d’être éthérés. Le ton de Jean de Meung annonce celui de Rabelais de par sa truculence et une liberté qui n’était pas de mise dans les vers de Guillaume de Lorris.

Le succès du Roman de la Rose est allé croissant au fil du Moyen Âge. Si l’on usait de locutions actuelles, on dirait de lui qu’il fut le best-seller de son temps, phénomène d’autant plus incroyable que l’imprimerie n’apparaîtra en Europe occidentale qu’au milieu du XVe siècle, aux environs de 1450, soient plus de deux cents ans après que Guillaume de Lorris avait couché ses premiers vers sur le vélin. Les érudits ont recensé environ trois cents exemplaires du Roman de la Rose antérieurs à cette date, ce qui est considérable pour un ouvrage de cette époque. Il fut même traduit en anglais par Geoffrey Chaucer, auteur des Contes de Cantorbéry, autre ouvrage majeur de la littérature médiévale européenne. Tout cela indique sans conteste la place prépondérante qu’occupe Le Roman de la Rose dans l’histoire littéraire française.

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