Le Roman de la Rose

par

Un roman allégorique

LeRoman de la Rose peut être qualifié, du moins pourla première partie, d’une très longue allégorie prenant la forme du songe queGuillaume de Lorris aurait fait lors d’une des nuits de sa jeunesse. Ainsi,l’atmosphère est feutrée, douce, empreinte de l’influence de l’onirisme danslequel baigne constamment la scène. La trame est en elle-même simple : unjeune homme, l’Amant, se rend dans le jardin du dieu Amour et y tombe follementamoureux d’un bouton de Rose. Le dieu va alors donner à l’Amant tous lesconseils nécessaires pour le séduire. La conquête s’achèvera sur une scèned’amour métaphorique, sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Tout d’abord, il est important de noterque l’auteur veut que le lecteur se souvienne qu’il est en train de lire unrêve, et qu’en cela, il peut se produire des évènements fantastiques, ou ayanttrait à l’irréel, sans que cela ne paraisse incongru. Cette dimension oniriquepermettra alors à l’auteur de profiter de la liberté de l’allégorie pour rendreplus douce, plus légère encore, et plus pudique, la réalité des faits. Tout ledébut baigne dans une atmosphère douce, de tendresse et d’amour.

Le cadre spatio-temporel a sonimportance dans l’allégorie. L’Amant, un matin de printemps, prend la clé deschamps et quitte la ville pour aller flâner parmi la nature luxuriante, qui seréveille après le long sommeil hivernal : « Comment printemps esmeut jeunesce, en oeseuse et en folesce ».Cette résolution à quitter le milieu citadin pour aller s’immerger dans uncadre naturel, évoquant la candeur, la simplicité, la pureté virginale d’unmonde qui renaît, est l’allégorie de l’homme partant en quête d’un nouvelamour, encore pur et chaste, loin de la fange et de la corruption des villes.Le printemps, symbole de renouveau, de fécondité et de jeunesse retrouvée, estl’allégorie par excellence du réveil des pulsions amoureuses chez l’homme et lafemme.

La femme, justement, est incarnéedans un bouton de rose. Le bouton montre son statut de vierge, n’ayant pasencore atteint l’âge de l’épanouissement, encore pur et chaste avec ses pétalesrefermés autour de son cœur. La fleur est donc protégée par un jardin clos,symbole d’inaccessibilité, de secret à dévoiler par l’intermédiaire dedifférentes étapes (l’amour courtois), mais également de la pudeur et du secretde ce qui va se passer derrière les murs du petit jardin. Par l’amour et l’actecharnel, le bouton deviendra rose, s’épanouissant, formant une corolle enfincomplète et achevée.

Les maux et les qualités dont doitfaire preuve l’Amant prennent également la forme d’êtres humains. Le cortège dudieu Amour est composé d’êtres mythiques : Franchise, Doux Regard,Jeunesse, Richesse… qui sont autant de qualités que doit posséder l’amant. Lesdéfauts qu’il doit éviter ont également forme humaine : Honte, Peur,Danger, Jalousie. Enfin, la douleur de la première rencontre et du désir quis’éveille est symbolisée par la volée de flèches que le dieu de l’Amour décochedans l’œil de l’Amant apercevant le bouton de rose.

Par le jeu de l’allégorie, le poètenarre donc une rencontre tout à fait banale et humaine, mais en lui faisantrevêtir un aspect mystique et magnifié, éludant ainsi la crudité de l’actesexuel et personnifiant qualités et défauts afin de les rendre plus évidents,acteurs même de la vie de chacun.

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