Le Véritable Saint Genest

par

Genest

Genest : c’est un acteur, le plus fameux, le plustalentueux de Rome. Pour fêter un mariage dans la famille impériale, c’est àlui que l’empereur fait appel pour distraire ses hôtes :

 

« Lethéâtre aujourd’hui fameux par ton mérite,

À cenoble plaisir puissamment sollicité ;

Etdans l’état qu’il est, ne peut sans être ingrat,

Nierde te devoir son plus brillant éclat […]

Parton art les héros plutôt ressuscités,

Qu’imitésen effet, et que représentés,

Descent et mille ans après leurs funérailles,

Fontencor des progrès, et gagnent des batailles,

Etsous leurs noms fameux établissent des lois »

 

Sonart est tellement abouti qu’il devient littéralement le personnage qu’ilincarne et lui donne une seconde vie. Au début de la pièce, il n’aime guère leschrétiens, aussi l’idée de jouer le rôle d’Adrian, soldat converti auchristianisme et exécuté pour cela, lui plaît :

 

« Etla mort d’Adrian, l’un de ces obstinés,

Parvos derniers arrêts naguère condamnés,

Voussera figurée avec un art extrême,

Etsi peu différent de la vérité même,

Quevous nous avouerez de cette liberté,

OùCésar à César sera représenté. »

 

Pourtant,il va être pris à son propre jeu. Quand il est seul en scène et récite sontexte, les paroles d’Adrian le poussent à réfléchir sur lui-même :

 

« Laisseà de lâches cœurs verser d’indignes larmes,

Tendreaux tyrans les mains, et mettre bas les armes ;

Toi,rends la gorge au fer, vois-en couler ton sang,

Etmeurs, sans t’ébranler, debout, et dans ton rang. »

 

Puisil sent le texte qu’il récite le porter vers la foi :

 

« Dieux,prenez contre moi ma défense et la vôtre ;

D’effet,comme de nom, je me trouve être un autre ;

Jefeins moins Adrian, que je ne le deviens,

Etprends avec son nom, des sentiments chrétiens »

 

EnfinDieu lui-même fait entendre sa voix et lui déclare :

 

« PoursuisGenest ton personnage,

Tun’imiteras point en vain ;

Tonsalut ne dépend, que d’un peu de courage,

EtDieu t’y prêtera la main. »

 

Lesort en est jeté, il ne reculera plus. À travers le texte et les mots d’Adrianqu’il a faits siens, Genest proclame sa foi devant l’empereur lui-même, ensachant quel sort l’attend. Il annonce son propre supplice à travers les motsd’Adrian :

 

« J’iraisans contrainte, où d’un illustre effort,

Lessoldats de Jésus triomphent de la mort. »

 

Unefois arrêté, personne, pas même son amie Marcelle, ne peut le fléchir, et ilmarche au supplice sans trembler. Il est torturé, puis décapité :

 

« Voyantla force enfin, comme l’adresse vaine,

J’aimis la tragédie, à sa dernière scène ;

Etfait, avec sa tête, ensemble séparer,

Lecher nom de son dieu, qu’il voulait proférer. »

 

déclarePlancien, préfet de l’empereur.

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