Le Véritable Saint Genest

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Résumé

Le malheur de Jean de Rotrou fut de naître et d’écrire à lamême époque que deux des plus grands dramaturges français : Racine etCorneille. Ce redoutable voisinage a fait injustement entrer son nom dans unrelatif oubli. Poète et dramaturge lui-même, il demeure dans l’ombre de cesdeux génies. Né en 1609, il mourut jeune, âgé d’à peine plus de quarante ans,de la peste. Cependant, il produisit un nombre impressionnant de pièces :plus de trente-cinq nous sont parvenues. Il est vrai qu’elles furent presque toutesles adaptations de pièces antérieures, comme cela était souvent le cas à cetteépoque. Il en va ainsi d’une de ses œuvres les plus fameuses, Le Véritable Saint Genest.

Représentée en 1646 et publiée en 1648, la pièce est adaptéed’une œuvre du dramaturge espagnol Lope de Vega, Lo Fingido verdadero, publiée en 1620, dont le titre français est Il fait semblant, et dit vrai. Elleraconte l’histoire d’un comédien, Genest, célèbre à l’époque de l’empereurromain Dioclétien (il est nommé Dioclétian dans l’œuvre de Rotrou). Cetempereur s’est particulièrement illustré par sa cruauté envers les chrétiensqu’il persécuta avec un zèle infatigable. Converti et martyr, Genest est devenule saint patron des comédiens. La pièce de Rotrou se compose de cinq actes etelle est écrite en alexandrins. Si le style de Rotrou oscille parfois entre lebaroque et le classique, la facture de la pièce est tournée vers ce secondstyle. Elle est un exemple de théâtre sacré, et Rotrou en profite pourindirectement plaider la cause du théâtre et des comédiens, qui n’étaient pas àcette époque en odeur de sainteté – il n’avaient même pas le droit d’êtreinhumés en terre consacrée –, en décrivant un païen converti au christianismepar l’entremise d’une pièce.

De plus, Le VéritableSaint Genest présente une caractéristique de composition des plusintéressantes : une part non négligeable de l’œuvre est une « piècedans la pièce », puisqu’on y voit des acteurs jouer une autre pièce dontl’intrigue fait évoluer l’intrigue même de la pièce principale. D’autresdramaturges se sont livrés à ce jeu et pas des moindres, puisque Shakespeare,pour ne citer que lui, utilise ce procédé dans plusieurs de ses œuvres comme Hamlet ou Le Songe d’une nuit d’été.

Le spectateur est donc transporté dans l’Antiquité.L’empereur Dioclétian règne sur Rome avec l’aide de Maximin qui applique avecune sévérité sans faille les édits de persécution contre les chrétiens. Enrécompense de ses bons et loyaux services et malgré ses origines modestes – ilest issu d’une famille de bergers –, l’empereur va lui donner sa fille Valérieen mariage. Pour que la fête soit complète, une pièce de théâtre va être jouéepar le plus fameux comédien de Rome : Genest. Cette pièce racontel’histoire d’Adrian, un soldat persécuteur de chrétiens qui s’est converti etse trouve puni et supplicié à cause de cela. Il se trouve que c’est Maximinlui-même qui s’est chargé de l’exécution d’Adrian : l’auxiliaire deDioclétian aura donc le subtil plaisir de voir ses « exploits » transposéssur la scène du théâtre.

Genest ne tarde pas et répète son texte, en comédienconsciencieux qu’il est. Il est en plein travail quand une voix se faitentendre – elle s’exprime en octosyllabes et non en alexandrins –, voix divinequi l’invite à s’identifier au personnage qu’il incarne. Le trouble envahitGenest, mais l’heure avance et il faut maintenant jouer devant les spectateurs.L’action commence : il interprète Adrian, qui voit la palme du martyre luiêtre tendue, perspective qui ne l’effraie pas. Les autres personnages ont beauessayer de le décourager, rien n’y fait. Les menaces de Maximin – le personnagede la pièce – n’y peuvent rien changer. Adrian est donc mis au cachot, où ilreçoit la visite de son épouse Natalie, elle-même chrétienne. Cette visite le fortifiedans sa décision. La performance de l’acteur Genest est remarquable, et lesspectateurs – Dioclétian, Maximin, Valérie – sont subjugués par l’art de Genestqui incarne le personnage avec une confondante vérité. Ils ignorent que Genesta fait siens les mots du personnage dont il joue le rôle et que c’est sa propreprofession de foi qu’il déclame. Tant et si bien qu’arrive un moment où ilparle, sans plus réciter un texte, ce qui provoque chez les autres acteurs uneconfusion bien compréhensible. On croit d’abord qu’il a oublié son texte etqu’il improvise, mais Dioclétian comprend bientôt ce qui se passe, et Genestlui-même avoue la vérité à l’empereur et à Maximin : il est devenuchrétien. Il est jeté en prison, comme le personnage d’Adrian. Dans son cachot,il reçoit la visite de Marcelle, comédienne et amie, qui ne parvient pas à lefaire fléchir. Il se prépare à la mort. De leur côté, les comédiens soutenuspar Valérie elle-même vont plaider la cause de Genest, en vain. Dioclétian faitexécuter Genest qui rejoint alors la cohorte des saints martyrs. Maximin inviteValérie à sécher ses larmes : après tout, Genest a choisi son destin entoute connaissance de cause ; sur scène il a dit et joué la vérité.

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