Le Véritable Saint Genest

par

L'image du martyr chrétien dans Le Véritable Saint Genest

Dansla pièce, le monde est partagé en deux : d’un côté les chrétiens, del’autre les païens. On peut passer d’un monde à l’autre – c’est ce que faitGenest – mais les deux mondes ne se mélangent pas. On est chrétien ou païen.Cette vision manichéenne correspond à la vision du monde qui était celle de lasociété à cette époque : on était dans le bon camp, celui des catholiques,ou dans le mauvais, celui des réformés, des païens, des anabaptistes, desjuifs, et autres fagots de bûcher. Pas question de feindre une foi et d’enpratiquer une autre ; ainsi quand Marcelle propose à Genest :

 

« Trompantau moins César, apaise son courroux ;

Etsi ce n’est pour toi, conserve-toi pour nous ;

Surla foi d’un dieu, fondant ton espérance,

Àcelle de nos dieux, donne au moins l’apparence ;

Etsinon sous un cœur, sous un front plus soumis,

Obtienspour nous ta grâce, et vis pour tes amis. »

 

Unetelle compromission est impensable pour le chrétien qu’il est devenu :

 

« Notrefoi n’admet point cet acte de faiblesse ;

Jela dois publier, puisque je la professe »

 

Genests’en va donc sur la route du martyre. La vision qui en est donnée par la pièceest épouvantable, et correspond à l’image transmise par La Légende Dorée, ouvrage médiéval racontant la vie de centcinquante martyrs chrétien, et décrivant les supplices auxquels ils furentsoumis. Ce sont ces supplices qui sont évoqués dans Le Véritable SaintGenest : peignes de fer, feux brûlants, taureaux d’airain danslesquels on faisait cuire les chrétiens… Et toujours le martyr est décritcomme stoïque, chantant la gloire de Dieu dans les supplices, ne montrant pasla moindre faiblesse. En revanche, le païen, lui, se repaît du spectacle, oumontre du respect devant tant de courage. Là encore le message envoyé auxcenseurs de l’Église est clair : Le Véritable Saint Genest est uneœuvre chrétienne, voire de propagande, offrant au spectateur une vision de lafoi et du martyre aussi simple que celle offerte autrefois par les mystèresmédiévaux. Les bons sont clairement du côté des chrétiens, les méchants del’autre côté. Il est donc intéressant de constater que Rotrou parvient à fairecohabiter dans une même œuvre une vision manichéenne du monde qui flatte lepouvoir en place et l’Église catholique, et un message un peu subversif visantà réhabiliter le théâtre aux yeux de ce même pouvoir et de cette même Église.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L'image du martyr chrétien dans Le Véritable Saint Genest >