Le vieux qui lisait des romans d'amour

par

Antonio José Bolivar Proaño

Antonioest le véritable héros de l’histoire ; il est le « vieux » dontparle le titre. Venu habiter sur les berges du Nangaritza afin de fuir lesragots et les commentaires qui accompagnaient la stérilité de sa femme Dolores,désormais décédée de la malaria, le vieil homme vit en ermite mais a toutefoisde grandes affinités avec la tribu des Shuars, qui vivent non loin de lui.

Antonioest « un vieil homme au corpstoujours nerveux, qui ne semblait pas accorder d’importance au fait de porterun nom aussi illustre ». Cette condition physique – encore conservéemalgré ses soixante ans – traduit son endurance et sa capacité d’adaptation àla forêt dans laquelle il vit, car il a tiré de nombreux bénéfices del’enseignement des Shuars. Passionné de lecture, il dévore les romans d’amourque lui fournit son ami le dentiste Rubicondo Loachamin. Cependant, il ne saitpas écrire, sauf pour les occasions officielles – les élections par exemple –,si rares qu’Antonio a ensuite le temps d’oublier ne serait-ce que commentépeler son nom.

Parmises attributs les plus précieux, il compte en première place son dentier,témoin de son âge désormais avancé, et sa loupe, qui permet à ses yeuxaffaiblis de déchiffrer les livres qui comptent tant pour lui.

Bienque sa personnalité ne soit pas précisément décrite dans l’œuvre, lesévènements, ses réactions parviennent à brosser un portrait de son caractère. Antoniose montre profondément imprégné du sens de la justice et de l’aide rendue, dela générosité. Par exemple, il n’hésite pas à partir sur les traces du jaguarmeurtrier afin de prouver l’innocence des Shuars, tout comme ses souvenirs,lors de la contemplation de la photo qui les représente son épouse et lui, montrentau lecteur le mari attentionné qu’il était, bien que leur union n’ait d’abordpas été issue de leur volonté. Lorsqu’il comprend la détresse de Dolores devantsa stérilité, au lieu de la répudier ou de l’accuser comme tous se plaisent àle faire, il l’emmène voir divers guérisseurs dans l’espoir de trouver unesolution. De plus, Antonio apparaît désintéressé : son nom est illustrenous dit l’auteur mais il en fait peu de cas.

Ainsi,le vieil Antonio est l’agent de transition entre le peuple relativementinstruit d’El Idilio et les tribus « sauvages » de la forêtamazonienne. En partageant des caractéristiques des deux peuples, n’appartenantni à l’un ni à l’autre, il revêt une autonomie et une indépendance qui font delui un personnage principal convenant parfaitement au dessein de l’auteur, quise propose de rapprocher les cultures et les peuples.

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