Le vieux qui lisait des romans d'amour

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Un cadre environnemental à préserver

LuisSepúlveda dédicace son ouvrage à la mémoire de Chico Mendes, son ami et granddéfenseur de la forêt amazonienne. L’hommage est poignant, étant donné la fintragique de Mendes, tué en 1988 par des mercenaires. L’auteur souhaite uneprise de conscience, à travers Le Vieuxqui lisait des romans d’amour, de l’importance de la protection de l’environnementqu’il décrit, et de ceux qui savent y vivre en harmonie, dont les connaissancesne doivent pas être mal considérées.

Eneffet, la destruction de la forêt amazonienne est représentée dans l’œuvre parles colons, qui voient en elle une opportunité de s’enrichir en y implantant denouveaux espaces à cultiver, à défricher, où élever du bétail. Les chercheurs d’ory sont également nombreux ; ceux-ci s’attachent à déboiser de manièreirrespectueuse, détruisant toute la vie de la forêt, dans l’espoir de tombersur un filon : « Les colons, attirés par de nouvelles promessesd’élevage et de déboisement, se faisaient plus nombreux. Ils apportaient aussil’alcool dépourvu de tout rituel, et par là, la dégénérescence des plusfaibles. » Aussi, non contents de détruire le territoire des Shuars et des animauxde la forêt amazonienne, les colons sont incapables de respecter la traditionde ses habitants, et apportent en ces lieux leurs vices et leurs penchantsparticulièrement néfastes pour qui était resté jusque-là très proche de lanature. Au chapitre 6 Antonio se remémore une scène scabreuse à laquelleil a assisté : une femme shuar, totalement dépendante à l’alcool qu’uncolon lui avait fait goûter une fois, se rend la proie de toute la troupe deblancs qui la soûlent et abusent d’elle. Hagarde, désemparée, la femme necomprend qu’elle est la victime d’un viol que lorsqu’un colon tente del’embrasser, pratique inconnue chez les Shuars.

« Cettefois-là, un aventurier l’avait prise sur la plage et avait cherché à coller sabouche à la sienne. La femme avait réagi comme un animal sauvage. Elle avaitfait rouler l’homme couché sur elle, lui avait lancé une poignée de sable dansles yeux et était allée ostensiblement vomir de dégoût. »

Cependant, colon ou chercheurd’or, l’étranger mal informé s’expose à mille dangers en pensant s’accaparer laforêt en conquérant. Nombreuses sont les scènes où, sans les conseils dispenséspar Antonio, le maire qui l’accompagne aurait été perdu, par exemple lorsqu’Antoniodébusque un scorpion logé au fond de sa botte. Est ainsi montrée toutel’impuissance de l’homme solitaire face à la forêt : tout au long de latraque du jaguar notamment, les corps de colons dévorés sont retrouvés sur leparcours, comme autant de promesses d’une vengeance à venir. Antonio, lui, diffèreen cela qu’il a appris à aimer la forêt, à la respecter, contrairement à tousceux qui viennent chargés de cupidité et de rancœur.

Sepúlveda montre que malgré les moyenstechniques qui semblent faire du colon le maître de la forêt, celui qui peutvraiment profiter de ses bienfaits et de sa protection reste celui qui l’aimeet la respecte.

« Parfois,pour gagner quelques mètres de terrain, ils déboisaient n’importe comment,laissant sans gîte un gypaète qui se rattrapait en leur tuant une mule, oualors ils faisaient l’erreur d’attaquer les pécaris à collier à l’époque de lareproduction, ce qui transformait ces petits sangliers en monstres redoutables. »

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