Le vieux qui lisait des romans d'amour

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Résumé

Le récit commence sur le quai d’El Idilio, un petit village équatorien situé non loin de la forêt amazonienne, et dont les habitants, rejoints par quelques aventuriers, attendent de bénéficier des soins du dentiste, le docteur Rubincondo Loachamin, connu pour sa haine du gouvernement. Pendant ce temps, l’équipage d’un bateau, Le Sucre, qui approvisionne le village en denrées, s’affaire. Parmi les hommes rassemblés autour de la consultation, seuls les Jivaros, des indigènes rejetés par le peuple des Indiens shuars, gardent le sourire. À la fin de la consultation, le dentiste retrouve le vieux Antonio José Bolivar Proaño. Celui-ci lui rappelle le souvenir d’un homme de Manta qui s’était fait arracher toutes les dents pour gagner un pari. La discussion des deux hommes est interrompue par la découverte d’un mort.

Le représentant du pouvoir en ces lieux, le maire d’El Idilio, est un personnage obèse qui passe son temps à consommer de la bière et à transpirer. Arrivé au village sept ans auparavant, son arrogance et de sa manie injustifiée de lever des impôts lui ont gagné le mépris des habitants. Venu observer le mort, il soupçonne très vite les Indiens shuars d’avoir abattu la victime à coups de machette. Le vieux Antonio José Bolivar intervient pour noter que le cadavre sent la « pisse de chat », avant d’en conclure que l’homme a été tué par une femelle d’ocelot. La découverte de petites peaux d’ocelot dans les affaires du mort finit par donner raison au vieux qui détaille le fil des événements au maire qui s’en trouve humilié. Pendant que ce dernier prépare son rapport, le patron du Sucre se montre agacé à l’idée de devoir transporter un cadavre en décomposition. En parallèle le dentiste remet à Antonio José Bolivar deux romans d’amour que lui a procurés une fille d’Esmeraldas partageant le goût du vieux pour les romans d’amour « riches en souffrances indicibles ». Pendant qu’on finit de charger le mort à bord du bateau, le vieux redoute d’être appelé par le maire pour participer à la chasse au fauve. Cependant, malgré ses soixante-dix ans, il dit se penser encore jeune et prêt à se remarier. Quand Le Sucre finit par quitter le quai d’El Idilio, le vieil Antonio rejoint sa cabane.

Sachant lire mais non pas écrire, le vieux a l’habitude de lire lentement, à l’aide d’une loupe. Il habite une cabane en bambou où il a aménagé une table aux longs pieds qui lui permet de lire debout. Antonio a connu sa femme Dolores dans un village de la Cordillère et le couple s’est marié à l’âge de quinze ans. La narration plonge à présent le lecteur dans leur passé. À la mort du père de Dolores, le couple tente de survivre en travaillant la terre héritée. Des médisances courent sur la jeune femme, qu’on pense stérile. Quand les soupçons se retournent contre lui, le vieil Antonio, refusant de laisser sa femme seule lors des fêtes de San Luis et de devenir ainsi « le père d’un enfant de carnaval », profite d’un plan de colonisation de l’Amazonie pour aller s’installer à El Idilio en qualité de colon. Face au climat de pluies et de violentes tempêtes, le couple peut compter sur l’aide des Indiens shuars qui lui enseignent l’art de vivre dans la forêt. Cependant, Dolores tombe malade et la malaria précipite sa mort.

Refusant de revenir dans son village suite à cet échec, et désireux de « se venger de cette région maudite », Antonio apprend la langue des Shuars et à leur contact, finit par abandonner « ses pudeurs de paysan catholique ». Jouissant d’une liberté infinie dans la forêt, il découvre le bonheur de la vie sauvage, la générosité illimitée des Indiens, et au bout de cinq ans, il comprend qu’il ne quittera plus le pays. Un jour, mordu par un crotale, il est sauvé grâce aux bons soins des Shuars ; il devient ainsi l’un des rares survivants d’une telle morsure. Le vieil Antonio passe son temps entre les parties de chasse avec son ami shuar, Nushiño, et sa quête de serpents dont il revend le venin. Malgré sa proximité avec les Shuars, qui lui offrent même une de leurs femmes, le vieux comprend qu’il ne sera jamais un des leurs et, rattrapé par son âge, il décide de s’installer à El Idilio où il compte vivre de la chasse. Un jour, les Shuars sont attaqués par des Blancs étrangers et le vieil Antonio intervient pour venger la mort de son ami Nushiño. Il rattrape l’un des agresseurs et le tue avec une arme à feu alors que la coutume indienne exigeait l’usage d’une sarbacane. Il est par là accusé d’avoir valu un malheur éternel à son ami et déshonoré les Indiens qui lui expliquent qu’il n’est plus le bienvenu parmi eux.

De retour à El Idilio, le vieil Antonio s’emploie à défendre la forêt contre les excès des colons, des chercheurs d’or et des gringos. Prenant conscience de la détérioration de l’état de ses dents, il consulte le docteur Loachamin. En même temps, à l’occasion d’un vote organisé au village par le pouvoir central, il découvre qu’il sait lire et envisage la lecture comme « l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse ». Un jour, un prêtre envoyé au village lui fait découvrir la biographie de saint François et lui parle des millions de livres existant dans le monde. Antonio se montre particulièrement intéressé par les livres d’amour car il connaît de ce sentiment seulement ce qu’en disent quelques chansons.

Lecteur sans livres, Antonio passe la saison des pluies dans la tristesse et la solitude avant de décider de se rendre à El Dorado avec un butin de singes et d’oiseaux capturés dans la forêt, qu’il compte revendre pour payer les frais de son séjour et se procurer des ouvrages. Une fois sur place, le docteur Loachamin le présente à l’institutrice qui lui montre sa bibliothèque. Pendant cinq mois, il en parcourt les livres avec « un plaisir indicible » et forge son goût. Il ne retient qu’une phrase des livres de géométrie, voit dans les livres d’histoire « un chapelet de mensonges », mais trouve son bonheur dans le Rosaire de Florence Barclay, livre d’amour qui le bouleverse par la souffrance de ses personnages et que l’institutrice accepte de lui offrir.

De retour à El Idilio, Antonio passe ses journées à lire les romans et à imaginer les grandes villes où se passent les histoires, telles que Paris et Prague. En parallèle, il continue de se laver dans le fleuve et de savourer ses repas préparés à base de viande de singe. Un matin, alors qu’il pêche des crabes dans le fleuve, on découvre un nouveau cadavre à la dérive dans une pirogue, identifié plus tard comme étant celui du chercheur d’or Napoléon Salinas. L’examen du cadavre confirme qu’il a été attaqué par le fauve. Antonio fait observer que l’animal se trouve donc du côté du village mais le maire ne tient pas compte de cette alerte. De retour dans sa cabane, Antonio, lisant le début d’un roman situé à Venise, est séduit par le mot « gondole » ainsi que par un baiser « ardent » que donne à un moment le personnage principal. L’après-midi, il assiste à la mise à mort d’une mule fugitive, blessée suite à une nouvelle attaque de fauve. Le maire ordonne d’organiser une expédition et de partager la viande de l’animal entre les habitants. Antonio récupère un morceau de foie dans une ambiance tendue. En effet, l’animosité entre les deux hommes remonte à quelques années, quand le vieux avait refusé de servir de guide à un groupe de touristes américains arrogants avant d’accepter, sous les menaces du maire de l’expulser du village, d’intervenir pour récupérer les restes d’un des leurs qui avait été attaqué et tué dans la forêt. L’organisation de l’expédition et la demande que lui fait le maire d’y participer viennent à nouveau troubler la paix entre les deux hommes.

Rassemblés à l’aube, les hommes se préparent alors qu’Antonio reste à l’écart du groupe. Habillé en imperméable et chaussé de bottes, le maire, qui souffre et transpire tout au long du trajet, devient un sujet de moquerie. Sa maladresse et ses difficultés pour se déplacer retardent le groupe. À la tombée de la nuit, les hommes s’installent sur un terre-plein et s’organisent pour monter la garde. Le jour suivant, le maire abat par erreur un ours à miel, provoquant une vive émotion parmi les hommes. Arrivés au comptoir d’un certain Miranda, propriétaire de la mule précédemment achevée, ils retrouvent l’homme visiblement tué par le fauve avant de découvrir un deuxième cadavre. Le vieux explique au groupe comment le fauve a d’abord attaqué l’ami de Miranda sorti faire ses besoins puis comment ce dernier a été tué à son tour au moment où il voulait intervenir. Les hommes jettent les deux cadavres dans les eaux du fleuve puis reviennent monter la garde dans la cabane de Miranda. Antonio reprend la lecture de son roman situé à Venise ; les autres hommes s’y intéressent. Le maire intervient avec arrogance mais subit une humiliation, suite à quoi il cherche à se débarrasser du vieux en lui proposant de continuer seul la chasse contre cinq milles sucres. Celui-ci, qui sait que la bête cherche à mourir dans « un combat à découvert » que ni les hommes ni le maire ne peuvent comprendre, accepte le pacte ; les autres hommes reprennent la route du village. Seul dans la forêt, le vieux reprend sa lecture, mais il est mécontent de ne pas comprendre l’intrigue. Puis, allongé dans le noir, il médite sur le combat qui l’attend en se remémorant les souvenirs de ses anciennes chasses et de ses dernières rencontres avec des ocelots.

Après avoir découvert des empreintes puis élargi le champ de ses recherches, Antonio repère le fauve, qui mesure deux mètres de long et se déplace lentement derrière des arbustes. En étudiant les mouvements de la femelle, il comprend qu’elle veut l’attaquer dans l’obscurité. Il cherche à gagner la berge de la rivière pour y trouver un lieu sûr mais il subit une attaque. Alors qu’il s’apprête à tirer sur l’animal, la femelle rugit et son mâle répond d’une plainte affaiblie. Antonio, qui a évité le pire, repère ensuite le mâle, comprend qu’il a été blessé par des gringos et prend la décision de l’achever. Plus tard, abrité dans une pirogue, il fait un rêve étrange où il croit voir sa propre mort. Au réveil, il s’aperçoit que la femelle rôde au-dessus de sa tête. Il réussit d’abord à la blesser à la patte puis, s’extirpant de la pirogue, il la tue d’un coup de fusil alors qu’elle bondit sur lui. Examinant le corps, Antonio découvre alors « une bête superbe, une beauté, un chef-d’œuvre de grâce impossible à reproduire, même en imagination ». Ému aux larmes, il caresse le corps de l’animal puis le pousse dans la rivière avant de jeter son fusil. Maudissant tous ceux qui « souillent la virginité de son Amazonie », il reprend alors la direction d’El Idilio et de sa cabane où ses romans d’amour l’aident à oublier « la barbarie des hommes ».

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