Le Voyageur sans bagage

par

Gaston

C’est le soldat amnésique, le héros de la pièce. Pendant dix-huit ans, il a vécu dans une institution psychiatrique où il était pris en charge par un certain docteur Jibelin. Ainsi, la recherche soudaine d’une famille arrive comme un choc, et c’est sans doute la raison pour laquelle il fait preuve de quelque indifférence face à cette aventure : « J’étais si tranquille à l’asile… Je m’étais habitué à moi, je me connaissais bien et voilà qu’il faut me quitter, trouver un autre moi et l’endosser comme une vieille veste. » Par cette déclaration, on se rend compte que Gaston n’est pas prêt à changer de monde, il n’a pas envie de quitter l’asile pour retourner à sa famille. Il s’est fait une nouvelle vie, une nouvelle image de lui-même, et cela lui semble bien plus important que de retrouver son ancienne famille.

Le fait qu’il ait perdu la mémoire et ne se rappelle pas de la personne qu’il était le rend quelque peu pessimiste sur son passé. Il s’imagine avoir possiblement été un meurtrier, ou un bon à rien. Mais la duchesse, qui l’apprécie comme un fils et ne voit que du bien en lui, essaie de le persuader du contraire. Lorsqu’il rencontre la première famille qui prétend être rattachée à lui, Gaston refuse de s’identifier à ce fils dont ils parlent tous, et pense que ce passé ne lui ressemble pas : « Il a fait trop de choses, ce Jacques […] ce Jacques dont le nom est déjà entouré des cadavres de tant d’oiseaux, ce Jacques qui a trompé, meurtri, qui s’en est allé tout seul à la guerre sans personne à son train, ce Jacques qui n’a même pas aimé, il me fait peur. » Cependant, l’ironie réside dans le fait que plus ses parents lui parlent de ce Jacques, plus il cherche à en savoir sur lui, et plus il en est dégoûté. C’est comme s’il essayait de savoir ce que sa famille pensait réellement de lui lorsqu’il était encore jeune, et l’ignoble réalisation de tout le mal qu’il a fait le pousse à se renier lui-même : « Je ne suis pas Jacques Renaud ; je ne reconnais rien ici de ce qui a été à lui. »

Néanmoins, au fur et à mesure que la lecture progresse, on peut se rendre compte que Gaston lui-même – bien qu’il essaie de les nier – partage des traits de similarité avec ce Jacques (à part le profil physique que sa famille et ses employés semblent reconnaître) : Gaston fait preuve de violence, la même qu’il manifestait plus jeune lorsqu’il tuait de petits animaux. On le remarque lorsqu’il s’adresse brusquement à sa mère, ou lorsqu’il prend brutalement la main de son frère. Ceci nous prouve que ses pulsions de violence ne furent pas totalement enterrées malgré les années. D’ailleurs, il ne peut se contrôler lorsqu’il mentionne innocemment le thème du meurtre à son maître d’hôtel, faisant sans doute référence à son expérience à la guerre : « Vous avez de la chance, maître d’hôtel. Parce que c’est une épouvantable sensation d’être en train de tuer quelqu’un pour vivre. »

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