Le Voyageur sans bagage

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Résumé

PREMIER TABLEAU

 

         Le personnage principal de la pièce est appelé Gaston. Nous sommes quelque vingt ans après la Première Guerre mondiale, conflit dont est sorti Gaston en ayant perdu en grande partie la mémoire. Il ne lui reste que ses souvenirs du front, aucun de sa vie d’avant. Bien que Gaston soit le protagoniste, c’est un autre personnage, la duchesse Dupont-Dufort, tante d’Albert, médecin de Gaston, qui mène la danse dans ce premier tableau. Accompagnée de Maître Huspar, magistrat « chargé des intérêts » du héros, elle mène l’amnésique de famille en famille dans l’espoir de retrouver celle qu’il a perdue, et oubliée.

Six familles au début de la pièce prétendent être la famille de Gaston. Au moment où la pièce commence, Gaston, la duchesse et Maître Huspar arrivent chez les Renaud, une famille bourgeoise de province. Gaston est très passif, et ne semble pas très curieux de retrouver son passé. La duchesse au contraire s’exalte pour un rien, notamment pour un juron – foutriquet ! – qu’aurait dit Gaston dans son sommeil. Aussi l’attitude désinvolte de Gaston l’agace. Elle espère par ailleurs que Gaston est un riche ou célèbre personnage. On comprend rapidement que tous ses efforts en faveur de la guérison de Gaston ne visent qu’à valoriser l’action de son neveu à l’hôpital. Gaston avoue qu’il se sent dépossédé de sa vie et qu’il aurait préféré qu’on le laisse vivre normalement avec sa mémoire vide plutôt que de le contraindre à courir en permanence derrière sa vie passée. La duchesse demande à Gaston de bien vouloir sortir et s’introduit auprès des Renaud – Madame Renaud, la mère supposée ; Georges Renaud, le frère supposé ; et Valentine Renaud, la femme de Georges. Après de courtes et mondaines présentations, la duchesse demande au Maître d’aller chercher Gaston. Il tarde à le trouver, et tandis que tout le monde s’impatiente, on comprend que Valentine avait une liaison avec Gaston – si toutefois c’est bien lui le fils disparu. Quand Gaston revient, les Renaud semblent unanimement le reconnaître. Gaston lui ne reconnaît personne.

 

         DEUXIÈME TABLEAU

 

         Les domestiques des Renaud espionnent la scène derrière une porte. Ils discutent dans le désordre total, et font remonter de vieux commérages sans consistance. Bientôt les Renaud se lèvent et marchent vers la porte en question ; les domestiques se dispersent.

 

         TROISIÈME TABLEAU

 

         Les Renaud mènent Gaston dans sa chambre d’enfant supposée. L’enfant disparu s’appelait Jacques, et c’est ainsi que tous les Renaud appellent Gaston, qui refuse pour l’instant qu’on l’assimile à ces souvenirs. Ce qu’il découvre de son enfance supposée ne lui plaît guère : l’enfant passait son temps à tuer des animaux, aspirait à être scientifique, n’avait pas d’amis… On lui apprend bientôt qu’il avait en vérité un ami, mais que cette amitié a mal tourné. Gaston souhaite interroger Juliette, la domestique qui a été témoin de leur bagarre finale. Il apprend à cette occasion que Jacques couchait avec Juliette, qu’il avait par ailleurs d’autres amantes, et que c’est parce qu’un jour son ami, Marcel, avait tourné autour de Juliette qu’il l’a battu et poussé dans les escaliers, provoquant sa mort. Gaston est horrifié.

Les Renaud lui détaillent d’autres souvenirs troubles, dont la propension qu’avait Jacques à arnaquer les gens. D’autres révélations restent à faire mais les Renaud s’y refusent. D’autres membres de la famille ont annoncé leur arrivé, et Gaston en apprend encore davantage sur les fourberies de Jacques, et les inimitiés qu’elles ont engendrées dans la famille. Devant cette enfance vertigineusement mauvaise qu’on lui peint, Gaston se trouve las : il demande à Madame Renaud un souvenir positif. Mais elle n’a rien à lui donner de ce genre. Au contraire, elle lui confie que Jacques et elle se sont quittés fâchés ; Jacques est parti au front sans lui dire au revoir et après une année à l’ignorer. Gaston ne comprend pas comment Madame Renaud a pu laisser cela arriver, et il s’emporte. Il n’est pas Jacques Renaud, affirme-t-il en criant.

Alors qu’il se trouve maintenant seul avec Valentine, qui tient plus que tout à le récupérer, elle lui révèle qu’ils ont été amants pendant trois ans avant son départ à la guerre, et surtout qu’elle a rusé pour coucher avec Gaston un an plus tôt. La duchesse les interrompt : toutes les familles prétendantes sont arrivées et se manifestent bruyamment. La duchesse est débordée. Elle sort. Valentine dit à Gaston que Jacques avait une cicatrice à l’omoplate qu’elle seule connaît et sort à son tour. Gaston s’apprête à vérifier.

 

         QUATRIÈME TABLEAU

 

         Les domestiques espionnent Gaston. Ils le voient constater qu’il a la cicatrice dont Valentine parlait. Il s’assied, sonné, et pleure.

 

         CINQUIÈME TABLEAU

 

         Le cinquième et dernier tableau est l’occasion d’introduire un élément fantastique. Un petit garçon censé appartenir à l’une des familles candidates interpelle Gaston, qui croit voir en lui sa conscience incarnée, son double – en quelque sorte le fantôme de Jacques. Gaston, alors qu’il sait pertinemment désormais qu’il est Jacques Renaud, prétend faire partie de la famille du petit garçon. Il part avec lui, en faisant transmettre aux Renaud, par l’intermédiaire de la duchesse, un dernier mot d’espoir : « Vous direz à George Renaud que l’ombre légère de son frère dort sûrement quelque part dans une fosse commune en Allemagne. Qu’il n’a jamais été qu’un enfant digne de tous les pardons, un enfant qu’il peut aimer sans crainte, maintenant, de jamais rien lire de laid sur son visage d’homme. »

 

         C’est donc, en dépit de l’appartenance de la pièce en question aux Pièces noires, une fin heureuse qu’offre là Jean Anouilh ; Gaston, finalement, a atteint son but : reprendre possession de son existence – en faisant de sa faiblesse, le fait d’être un « voyageur sans bagage », une force. À la fin, Gaston se rend compte que cette absence de souvenirs, plutôt que d’être un manque, est une chance, car elle lui permet de se dépasser, et de choisir la vie qu’il se rêve. La pièce contient donc quelque chose d’infiniment existentialiste. Anouilh sous-entend qu’on peut se libérer absolument de ses déterminismes, et qu’effacer sa mémoire, ses expériences, son bagage culturel, c’est aussi effacer sa personnalité. 

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