Le Voyageur sans bagage

par

Le passé et l’identité

La pièce met l’accent sur le thème de l’identité et posela question de savoir ce qui définit l’identité des hommes. Le spectateur estmis en présence d’un homme sans souvenirs, d’un homme dont le passé n’existeque dans la mémoire des autres.

Le premier constat qu’on peut faire est que le personnagede Gaston est traité comme un handicapé. Il n’a aucun contrôle réel sur sonexistence et pendant dix-huit ans, il mène une existence quotidienne faite dejardinage et de petits travaux.

La pièce d’Anouilh met l’accent sur de nombreux aspectsde l’identité humaine. D’une part, comme l’indique le titre, l’identité est unfardeau dont on ne peut se défaire. Gaston n’en a pas, mais la perte de sonidentité va de pair avec la perte de sa mémoire et de sa facultéd’autodétermination. La pièce établit donc un lien intrinsèque entre l’identitéet la responsabilité. La société humaine ne peut faire de place à un homme quin’a pas d’identité et donc, dont on ne peut engager la responsabilité.

« VALENTINE :

Écoute, Jacques, il faut pourtant que tu renonces à la merveilleusesimplicité de ta vie d’amnésique. Écoute, Jacques, il faut pourtant que tut’acceptes. Toute notre vie avec notre belle morale et notre chère liberté,cela consiste en fin de compte à nous accepter tels que nous sommes… Cesdix-sept ans d’asile pendant lesquels tu t’es conservé si pur, c’est la duréeexacte d’une adolescence, ta seconde adolescence qui prend fin aujourd’hui. Tuvas redevenir un homme, avec tout ce que cela comporte de taches, de ratures etaussi de joies. Accepte-toi et accepte-moi, Jacques. »

La réintégration de Gaston dans la société soulève laquestion du choix identitaire. Peut-on faire le choix de l’identité qu’onassume ? À quel point sommes-nous définis par l’identité que notreentourage nous construit ? Dans le cas de Gaston, le regard de ses prochesest une prison de souvenirs qu’il ne souhaite pas habiter.

Toutefois, le choix de Gaston à la fin de la pièce, denier son identité pour en assumer une autre, semble indiquer la volonté del’auteur de démontrer que l’identité, bien qu’elle soit grandement construitepar le passé et l’environnement de chaque homme, ne doit jamais être une prisondont on ne peut s’évader. L’identité devrait être un choix, assumé par chacund’entre nous, et non un rôle imposé par un quelconque héritage culturel,social, religieux ou familial.

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