Les âmes mortes

par

Deuxième partie

Certaines parties du brouillon de Nicolas Gogol ont disparu et le déroulement de l’intrigue apparaît quelque peu chaotique.

 

 

Dans son château perdu au fond de la campagne russe, André Ivanovitch Tentiétnikof songe. Ce hobereau trentenaire se trouve à la tête d’un superbe domaine qui part à vau-l’eau, car il n’a pas le cœur à le diriger comme il faudrait. En robe de chambre, le col défait, il ne fait rien de ses journées sinon songer et lire. Pourtant, c’était un enfant spirituel quand, à douze ans, il connut à l’école un maître dont la pédagogie devait le marquer à jamais : Alexandre Pétrovitch. Cet homme intelligent n’avait de cesse d’aider ses élèves à élever et développer leur esprit. Hélas, ce brillant professeur mourut subitement et fut remplacé par un solennel imbécile pour qui seule l’attitude comptait, et non l’intelligence. Le jeune Tentiétnikof vit son esprit s’étioler, et une tentative de carrière dans l’administration déplut au jeune homme. Il décida de quitter la capitale Petrograd pour retourner dans sa campagne, qu’il retrouva avec joie. D’abord, il essaya de se montrer bon maître pour les moujiks de son domaine et visita ses voisins. Hélas, les serfs ne respectèrent pas ce maître bienveillant et malhabile, Tentiétnikof se lassa de la compagnie de ses voisins qu’il trouvait ennuyeux et se brouilla pour une vétille avec son voisin le général Bétrichtchef dont la fille, Oulineka, l’avait pourtant charmé. C’est chez cet homme désabusé que Tchitchikov débarque un jour.

Il est superbe, bien vêtu, toujours accompagné de l’odorant Pétrouchka et de l’ivrogne Séliphane. Il sympathise avec Tentiétnikof qui tombe sous son charme : enfin un ami avec qui discuter ! Cependant, Tchitchikov poursuit son projet d’achat d’âmes mortes, et afin de parfaire son image dans la contrée, s’emploie avec succès à la réconciliation entre Tentiétnikof et son voisin le général : en voici deux qui lui vendront des âmes mortes. En route maintenant pour la résidence du colonel Kochkaref, parent du général ! Mais une fois encore, Séliphane s’égare et Tchitchikov débarque au mauvais endroit, en l’occurrence chez Piotr Pétrovitch Piétoukhe, propriétaire d’un vaste domaine qu’il mange, littéralement. Ses seules préoccupations : que mange-t-il et que va-t-il manger au prochain repas ? Aussi l’homme est-il énorme et son domaine en déficit : on ne peut à la fois manger un bien et le gérer. Il gave littéralement Tchitchikov de mets riches et abondants arrosés de maints alcools. Notre héros quitte le domaine en compagnie de Platonof, homme mou et languissant qui le présente à son beau-frère Constantin Feodorovitch Konstanjoglo. Le domaine de ce dernier est un modèle de gestion raisonnée : les moujiks travaillent dur mais sont bien nourris et jouissent des fruits de leur labeur. La demeure du maître est confortable mais sans ostentation. Konstanjoglo ne croit pas en l’instruction des paysans mais aux vertus du travail et à la préservation de l’esprit russe, loin des tentations occidentales, notamment allemandes. Aussi son domaine est-il particulièrement prospère, contrairement à celui du colonel Kochkaref : celui-ci a tenté de créer un paradis administratif où chaque question serait gérée par un bureau. Il n’a finalement su créer qu’un petit enfer bureaucratique.

Konstanjoglo ne vend pas d’âmes mortes à Tchitchikov mais il lui prête de l’argent, sans intérêt ni garantie, et voilà notre héros prêt à acheter un domaine en déréliction, celui de Khlobouef, un homme point sot mais incapable de gérer sainement son avoir : il n’a pas de pain à sa table mais boit du champagne. Rien de commun entre ce malheureux et Vassili, le frère de Platonof, dont le foyer et le domaine respirent la prospérité et le bonheur. Voilà l’idéal auquel tend Tchitchikov. Or, peu de temps après, le voici mêlé à une sombre affaire de testament truqué et de signature imitée. Alors qu’il est sur le point de réussir avec superbe, il est jeté en prison, en grand danger d’être fouetté en public et exilé en Sibérie. Le désespoir l’étreint et il se voit perdu quand un dernier ami, Morazof, pousse à sa libération sous une condition : qu’il quitte la ville sans retour. Il est temps pour lui de changer de vie. Le Tchitchikov d’autrefois, brisé, a disparu. C’est un autre homme qui, accompagné de Pétrouchka et Séliphane, quitte la ville pour n’y plus revenir.

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