Les Amours

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Résumé

Les Amours regroupent plusieursrecueils de poèmes de Ronsard, que ce soient des textes écrits au début de sacarrière littéraire ou encore ceux de la fin de sa vie. Chacun d’entre eux estdestiné à une jeune femme qui a éveillé en lui les sentiments les plus nobles,que ce soient Cassandre, Hélène ou Marie.

En 1545, à la courde Blois, Ronsard rencontre Cassandre Salviati. Il en tombe éperdument amoureuxet va la célébrer à travers des vers rassemblés en un volume qui paraît en 1552 :Les Amours, qui formera plustard le PremierLivre des Amours. Les cent quatre-vingt-trois sonnets du recueilse composent de décasyllabes. Jeux d’esprits, comparaisons mythologiques, toutest bon pour célébrer la femme qu’il aime et qui devient prétexte littéraire à d’éblouissantsjeux d’esprits.

À Cassandresuccède Marie Dupin, modeste paysanne âgée d’à peine quinze ans. Nous sommes en1555, Pierre de Ronsard a trente-et-un ans. Il va l’aimer et lui dédier despoèmes simples et clairs, recueillis dans Continuationdes Amours. Sa poésie peut êtrevue comme une réflexion générale sur l’amour et les sentiments.

Quelques annéesplus tard, en 1574, le roi Henri III perd sa maîtresse tant aimée, Marie deClèves. Ronsard dédie de nouveaux poèmes pleins de douleur à cette illustredéfunte, en y mêlant le souvenir de Marie la paysanne, elle-même morte peu detemps auparavant. Cette veine donnera naissance en 1578 à Sur la mort de Marie.

Enfin, prenonsgarde à ne pas oublier les exquis Sonnets pour Hélène parus en 1578, constituésde cent onze sonnets et quatre autres poèmes. Fille d’honneur de Catherine deMédicis, Hélène de Surgères était une jeune et triste veuve que Ronsard,quinquagénaire, célébra dans des vers qui touchent à la perfection.

 

Les Amours de Ronsardregroupe en un seul recueil ses différents écrits sur l’amour : l’éditionde 1584 est ainsi divisée en quatre parties : Premier Livre des Amours, SecondLivre des Amours, Amours diverseset Sonnets pour Hélène. La premièrepartie en est consacrée à Cassandre Salviati, que Ronsard rencontre à la couren 1545. Le poète a vingt ans, et Cassandre n’en a que treize. Ce dernier élément,qui choque le lecteur d’aujourd’hui, n’était en rien gênant à la cour de Bloisau temps de la Renaissance : nombre de mariages princiers et royauxétaient célébrés à un âge que l’on considère bien jeune de nos jours. La preuveen est que Cassandre s’unit l’année suivante au Seigneur du Pré. Ce qui, dansle cas de Ronsard, est frappant, est que quand le poète rencontre la jeunefille, elle est sur le point de quitter Blois. Il n’aura fait quel’apercevoir ; sitôt vue, sitôt disparue. De cette brève rencontre vontnaître des sonnets imités du poète italien Pétrarque, idéalisant un amour quine sera pas consommé. Suivant les pas de son prédécesseur qui chantait sonamour pour Laure, Ronsard compose des sonnets délicats où foisonnent lescomparaisons mythologiques, les comparaisons fines et subtiles, où les mains deCassandre sont d’ivoire et ses cheveux de soleil. Mais que l’on ne s’y trompepas : cachés derrière les marbres que Ronsard élève à son amour idéal secachent des sentiments sincères. Le Premier Livre des Amours n’est pasun simple exercice de style : c’est la voix d’un homme qui ressent unamour réel que le lecteur entend. Les poèmes consacrés à Cassandre sontharmonieux et délicats, témoins d’un art porté à son sommet. On trouve parmieux l’une des œuvres les plus célèbres de la langue française : l’Odeletteà Cassandre :

« Mignonne,allons vois si la rose

Qui ce matinavait éclose

Sa robe depourpre au soleil,

A point perducette vesprée

Les plis de sarobe pourprée,

Et son teint auvôtre pareil. »

 

         Les sonnets consacrés à la jeune Mariedans le Second Livre des Amours témoignent de la même délicatesse, etdonnent à l’évocation de l’amour qu’un homme mûr porte à une bien jeune filleune douceur délicieuse. Le ton en est moins précieux, plus familier que celuidu Premier Livre des Amours, et les poèmes qui le composent en sont plusaccessibles. Ronsard a choisi une plus grande simplicité de ton, qui ne ternitpas son art. L’objet de ses nouvelles amours, Marie Dupin, n’appartient pas àla cour : elle est d’origine modeste. Au pétrarquisme et à sescomparaisons mythologiques succède un ton plus simple, plus direct, plusnaturel. Délicatesse et élégance sont bien sûr présents, et Ronsard donne à lajeune Marie le meilleur de son art :

« Vousaviez d’une infante encore la contenance

La parole et lepas ; votre bouche était belle,

Votre front etvos mains dignes d’une immortelle,

Et votre œilqui me fait trépasser quand j’y pense. »

 

Le cœur de Ronsardbattait bien fort, et il n’a pas battu, on l’a vu, pour un unique objet. Les Amoursdiverses rassemblent des œuvres inspirées au fil du temps par telle ou tellebelle silhouette objet des sentiments du poète. On y trouve là encore despièces finement ciselées mais d’où un certain humour n’est pas absent, commedans le premier quatrain de ce sonnet au ton un peu gaillard :

« Quanden songeant ma folâtre j’acolle,

Laissantmes flancs sur les siens s’allonger,

Etque, d’un branle habilement léger,

Ensa moitié ma moitié je recolle ! »

On constate alorsque le délicat poète continuateur de Pétrarque était aussi un être chair et desang qui savait chanter d’autres chansons que les odelettes et autresmadrigaux.

 

Avec les Sonnetspour Hélène, Ronsard retrouve l’inspiration pétrarquiste. La rédaction des Sonnetspour Hélène fut d’abord une œuvre de commande destinée à chanter Hélène deSurgères, fille d’honneur de la reine Catherine de Médicis, sur ordre de cettedernière. La jeune fille inspira au poète, alors âgé de quarante-cinq ans, cequi était un âge relativement avancé à cette époque, un amour sincère et teintéde mélancolie. La différence d’âge est un obstacle que Ronsard voit se dresserentre sa belle et lui, ce qui lui donne l’inspiration de composer des piècestout en retenue et empreintes d’une pudeur nostalgique. L’une des ces pièces atraversé le temps et a marqué la langue française :

« Quandvous serez bien vieille, le soir à la chandelle,

Assise auprèsdu feu, dévidant et filant,

Direz, chantantmes vers, en vous émerveillant :

“Ronsard mecélébrait du temps que j’étais belle !” »

Cette évocation dutemps qui a passé, de la vieillesse qui viendra, rappelle le carpe diemdes épicuriens antiques que Ronsard fait sien et réécrit, le rendantimmortel :

« Vivez,si m’en croyez, n’attendez à demain :

Cueillez dèsaujourd’hui les roses de la vie. »

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