Les Amours

par

L’amour et ses aléas

Dans son recueil, Ronsard nous dévoile les sentiments et tout ce qui est lié à la passion amoureuse. Il y a différentes étapes ou différents états liés à l’amour. Il nous présente d’abord « l’amour passion », il peut être irrationnel, source de déception parfois. Ronsard ne semble pas être capable d'aimer de manière raisonnable : en effet, quand il aime une femme, c'est toujours avec force, il est exalté par ses sentiments et se laisse envahir. Dans Derniers vers, il poursuit cette idée de l'amour exprimé dans la violence et les sentiments puissants, parfois jusqu'à l'excès. Les thèmes du feu, de la mort sont présents. Ici, l'amour est encore une fois inconditionnel et très douloureux , on peut le voir à travers des termes comme « brandon », « les moelles en flammes » ou encore « le feu me brûle ». Face à l'amour, l'auteur se dit faible : il cède à ses caprices, s'agenouille devant toutes ses folies et tolère toutes les souffrances (« Si doux son feu, si doux l'or de ses nœuds, qu'en leurs filets encore je m'oublie »). Il dresse toujours un éloge très flatteur de ses femmes ou maîtresses, narrant la beauté de leur corps entier, détaillant chaque partie du corps comme si c’était un trésor. C’est comme s’il voulait célébrer, avec des mots, chacune des parcelles auxquelles il a – ou souhaiterait – avoir accès. Dans ses poèmes, il semble toujours avoir trouvé la femme idéale, incarnation d'une divinité ancienne (souvent Vénus), femme qu'il oublie finalement bien vite puisque ses objets d'amours sont changeants.

Il reste cependant assez rare que les amours de Ronsard soient réciproques. Ses poèmes sont le plus souvent composés de plaintes, de lamentations, et de critique à l'égard des dieux qui lui envoient la flèche cruelle. Car si sa passion est dévorante, la déception l'est tout autant : l'auteur se voit priver de celle qu'il désire et il ne peut pas l’empêcher. Soit l'objet fantasmé lui échappe totalement, soit il l'obtient mais se le voit retirer. Ainsi, dans Plût-il à Dieu n'avoir jamais tâté, Ronsard dépérit d'avoir pu connaître le sein de sa maîtresse et de ne plus pouvoir en profiter : en effet, ce retrait est vécu comme une véritable tragédie. Dans le poème suivant, Ronsard nous présente l'amour comme une sorte de contrainte : il ne décide pas de tomber amoureux, ce sont les femmes qui le séduisent et le torturent en utilisant leurs plus beaux attraits pour le charmer. Ainsi, il décrit le bonheur qu'il avait à être libre et les douleurs qu'il éprouve maintenant – après avoir su résister à plusieurs pucelles – à se retrouver amoureux d'une femme cruelle. L'amour déçu lui donne des envies ou des sensations de mort, et ce thème devient donc très présent à travers ses écrits : « Amour me tue », « Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse », « Priant Amour, qu'il me tranche la vie ». Ronsard nous présente une curieuse vision de l'amour puisqu'au lieu d'épanouir, elle provoque des sentiments violents, des envies de mort et des douleurs insoutenables.

Malgré toutes les difficultés qu'il semble éprouver face à l'amour, les douleurs et les sentiments qui naissent en lui, Ronsard est inconstant. Non content d'avoir un amour, il en a plusieurs. Il augmente le plaisir mais aussi le risque de souffrir d’autant plus. Dans Nouvelle continuation des Amours, Ronsard mélange, dans un même recueil, différentes femmes. Par exemple, il dit « D'une belle Marie en une autre Marie, Belleau, je suis tombé, et si dire ne puis de laquelle des deux plus l'amour je poursuis » : il admet donc publiquement qu'il ne sait laquelle choisir, bien qu'il soit déjà engagé auprès de l'une d'elles. De plus, il en dresse un éloge flatteur ensuite, admettant que pour elle il ferait tout. Le prénom de « Janne » vient régulièrement troubler ses amours avec Marie, son cœur semblant une fois de plus balancer entre deux beautés : « Je ne suis seulement amoureux de Marie, Janne me tient aussi dans les liens d'Amour », « Je ne dis pas si Janne était éprise de moi ».

Il convient in fine de ne pas oublier qu’il s’agit avant tout d’un exercice poétique. Ainsi, le « je » poétique se livre au jeu amoureux afin de pouvoir mieux mettre en valeur la langue française, réinventer les clichés de l’Antiquité et du pétrarquisme. La femme est un prétexte, la poésie étant une fin en soi.

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