Les caves du Vatican

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Axes de lecture

Comme on peut le constater à travers la présentation des personnages, le thème principal de notre corpus est la religion, la foi. La religion catholique est au centre de cette œuvre. Dès le titre, Gide nous situe déjà dans ce contexte avec le « Vatican ». Il dépeint une religion catholique qui n’est pas toujours glorieuse. En effet, Anthime le cartésien semble plus heureux que le converti. L’Église catholique n’a pas tenu les promesses qu’elle lui a faites et il se retrouve dépourvu. Elle s’est, en quelque sorte, « servi » du miraculé pour ensuite l’abandonner. De fait, sa présence et son discours au jubilé a sûrement drainé vers l’Église de nombreuses âmes hésitantes. Même s’il est vrai que la Loge à laquelle il appartenait jusque-là a elle aussi ses contraintes, l’Église le convint de leur tourner le dos pour ensuite l’abandonner à une condition misérable. Par ailleurs, Gide nous montre également, à travers le personnage d’Anthime, une Église catholique « laveuse de cerveau ». En effet, l’homme très actif a laissé la place à un zombi qui se complait dans une situation invivable.

De plus, la religion rend très crédule, c’est ainsi que des personnes mal intentionnées comme Protos en profitent allègrement. La comtesse de Saint-Prix, une femme très pieuse mais un peu chiche, qui tombe dans le piège de Protos. Sa ferveur, sa fidélité aveugle à l’Église et son caractère légèrement pingre vont faire entraîner dans sa chute la naïve Arnica et son époux Fleurissoire. Le pauvre perd la vie lors de son escapade de croisé en Italie. L’Église, loin de l’image sainte qu’on aime présenter, est dépeinte dans cette œuvre d’une manière peu envieuse. Par ailleurs, Gide demande au lecteur de se méfier de la «cave» (signifie en italien prend garde) du Vatican car derrière l’image parfaite, il y a des dessous « sales » et parfois inavouables.

Même si la religion occupe le haut du pavé dans cette œuvre, d’autres thèmes sont abordés notamment celui de l’amour, du mariage et de la famille. L’amour est représenté principalement par Lafcadio et Geneviève. Si lui l’aime avec retenue et « bizarrerie », elle est tombée passionnément amoureuse du jeune homme, même après avoir appris le meurtre qu’il a commis avec sang-froid. Lafcadio quant à lui, l’enfant qui n’a pas connu son père et l’être qui s’auto-inflige des coups de couteau, semble ne pas l’aimer beaucoup. Dès lors, même s’il est clair qu’il éprouve de l’attirance pour la jeune femme, il ne peut l’aimer comme elle l’espère car il en est probablement incapable. L’amour de Geneviève le surprend, l’effraie et finit même par le dégoûter car une fois qu’elle s’est offerte à lui, il l’aime beaucoup moins. Évidemment, plutôt que d’envisager un avenir avec elle, il pense à vivre de son côté ou à se rendre à la justice.

Sur un autre plan, l’institution du mariage est représentée par les Armand-Dubois et les Baraglioul. Ces deux couples représentent deux univers très divergents. En effet, tandis que les Baraglioul sont un couple uni, malgré le caractère acariâtre de Marguerite, les Armand-Dubois sont un couple un peu bancal et loin d’être fusionnel. Les Baraglioul, très pieux, ont une vie de famille bien réglée centrée sur la religion et sur le désir de Julius d’entrer à l’Académie. Il finit par atteindre son but grâce à son épouse qui l’aide à garder l’espoir et à être patient. Chez les Armand-Dubois, c’est une autre histoire car Anthime et Véronique sont heureux mais jamais au même moment. De fait, Anthime le scientifique handicapé est un homme amer tandis que Véronique à cette époque est très douce et apaisée. Elle confie l’âme de son époux à Dieu. Seulement, Anthime le miraculé, guéri de son handicap est heureux mais d’une passivité maladive. Il partage cette vie avec une femme devenue hargneuse, une Véronique qui a perdu son aplomb d’antan. Malheureusement, la crise que traverse le couple d’Anthime est celle que de nombreux couples connaissent au quotidien. Trop différents et ne regardant plus dans la même direction, les deux partenaires finissent parfois par lâcher prise et se quitter.

La famille est aussi un aspect traité avec minutie. Cette œuvre montre une fois de plus que le dicton populaire ne peut être démenti : « on ne choisit pas sa famille ». C’est l’expérience douloureuse de Julius. Entre un père qu’il n’arrive pas à rendre fier et un frère meurtrier, il est très mal loti. De plus, ses deux beaux-frères sont des hommes pitoyables. Il n’abandonne pas et même s’il n’a pas réussi à gagner le respect de son père, il a décidé d’aider les autres membres de sa famille même contre leur volonté. C’est ce qu’il s’évertue à faire lorsqu’il rencontre le Pape pour plaider la cause d’Anthime. Il n’arrive pas à aider Fleurissoire, tué par son demi-frère Lafcadio. La peinture de la famille de Julius est très semblable à celle de l’Église. En effet, de l’extérieur, elle n’a pas l’air si pitoyable mais au-delà de cette façade, il y a un fils illégitime qui se révèle être un meurtrier, un zombi, un niais et une fille désobéissante qui commet l’inceste.

En définitive, les personnages et les thèmes de l’œuvre, même lorsqu’ils ne sont qu’évoqués, revêtent chacun un trait atypique qui les rendent dignes d’intérêt. En mêlant savamment les extrêmes : entre Anthime le cartésien et Anthime le niais passif ou encore Amédée à la crédulité et à la niaiserie affligeante et Protos à l’intelligence significative, André Gide a démontré une fois encore que l’être humain est capable du pire comme du meilleur. Cette œuvre est d’une causticité évidente et mérite incontestablement d’être étudiée pour sa richesse et son caractère unique.

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