Les chevaliers de la table ronde

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Le contexte historique

C’est au IXème siècle que l’on trouve les premières traces écrites des légendes arthuriennes. On peut supposer cependant que la légende orale lui est antérieure. Cette tradition orale laisse la liberté à de nombreuses interprétations cette légende, selon les auteurs et les époques.

Ainsi, La légende de la Table Ronde selon Chrétien de Troyes est le fruit d’un long travail d’assemblage de bribes de légendes orales vivant uniquement par le bouche à oreille, d’influences de personnes réelles qu’on peut identifier aux personnages qui structurent la légende, de lieux et d’objets mêlant mythes et réalité, le tout accompagné d’une bonne dose de poésie et d’amour courtois.

L’assemblage de tous ces éléments peuvent donner lieu à des interprétations différentes du rôle d’un même personnage dans la légende, de la dénomination d’un lieu ou d’une controverse quant aux liens de parenté… Cependant, malgré ces variations qu’on peut constater d’un auteur à l’autre, la trame de fond reste la même et les personnages principaux détiennent toujours le même rôle et la même symbolique, puisque le but même d’une légende est de faire perdurer des valeurs véhiculées par le biais de caractères.

Chrétien de Troyes s’est donc attelé à la tâche aux alentours de 1175, à la fin du XIIème siècle. Toute trace de civilisation païenne a désormais disparu de ce qui était nommé le royaume de Logres au temps de la légende du roi Arthur (c'est-à-dire la Bretagne, la majorité des régions sud de l’Angleterre ainsi qu’une partie de la France, jusqu’aux limites de la Loire ) et la religion chrétienne est désormais la doctrine majeure à suivre. Cette religion n’est toutefois pas entièrement établie dans les consciences, étant donné que le premier roi chrétien, Clovis, n’a été baptisé que quelques siècles plus tôt. Le christianisme a donc besoin de bases solides, doit établir ses fondations dans les consciences mêmes des fidèles pour parvenir à s’implanter de manière homogène, véritable, et durable.

C’est dans ce contexte que Chrétien de Troyes rassemble en un ouvrage la légende des Chevaliers de la Table Ronde. Si les péripéties des protagonistes se déroulent sous une ère, autour de l’an 500, durant laquelle le paganisme est encore d’actualité dans de nombreuses régions, les débuts d’une foi chrétienne commencent à être perçus et à influencer les anciens rites celtiques. Les druides sont peu à peu remplacés par les prêtres, le culte de la Déesse-Mère perd de sa crédibilité au profit de l’adoration de Jésus Christ. C’est cette période-ci que l’auteur décide de dépeindre, comme une référence à la situation que lui-même connaît. Le récit de cette transition entre monothéisme et paganisme se double de l’apparition d’un objet symbolique dans la religion chrétienne, comme dans la religion celtique : le Graal. Celui-ci devient, sous la plume de Chrétien de Troyes, point de jonction des deux cultes, et objet d’une quête encore plus élevée spirituellement que l’accès à une simple immortalité : c’est soi-même que l’on découvre par la symbolique du Graal, puisqu’il ne se révèle qu’aux meilleurs d’entre les meilleurs sur le plan moral.

Dans un contexte où la religion se montre encore quelque peu hésitante quant au chemin qu’elle doit suivre, Chrétien de Troyes nous montre, par le biais de ces chevaliers si héroïques et pour autant humains, sujets aux peurs et aux passions, que la quête de sa propre vertu doit régir notre destin. Aujourd’hui encore, à travers notamment la littérature jeunesse, la littérature de fantasy et le cinéma, les légendes arthuriennes continuent à plonger les hommes dans leur univers fascinant, appelant l’homme à s’élever en luttant contre ses faiblesses par le dépassement de soi.

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