Les chutes

par

L'affaire Love Canal

L’affaire Love Canal est ainsi présentée dans Les Chutes : « De 1936 à 1952, Love Canal, un fossé à ciel ouvert, servit de décharge municipale et chimique. Swann Chemicals y déversa des tonnes de déchets et vendit à la municipalité le droit d’y jeter ses ordures, puis dans les années 40, celui à l’armée américaine de s’y débarrasser de déchets chimiques secrets […] En 1953, Swann Chemicals cessa brusquement d’utiliser le fossé, recouvrit les déchets dangereux de terre et vendit ces onze kilomètres contaminées au Conseil de l’éducation de Niagara Falls pour la somme d’un dollar. » C’est globalement ce qui s’est passé. On construisit des lieux d’habitation pour familles aux revenus modestes et deux écoles sur la décharge. Environ neuf cents familles habitaient l’endroit. Les problèmes de santé évoqués par Nina Olshaker dans le roman sont réellement survenus : malformations infantiles, grossesses qui ne parvenaient pas à leur terme, cancers, épilepsie, asthme… L’affaire prit un tour médiatique quand deux journalistes du Niagara Falls Gazette publièrent une enquête sur ce qui s’était passé et sur les conséquences sanitaires des anciennes activités sur le site. En 1978, l’affaire était connue dans tout le pays. En définitive, plus de huit cents familles furent relogées, et toutes reçurent une compensation financière.

Dans la réalité, il n’y a pas eu de Dirk Burnaby qui, à la fin des années 1950, prit fait et cause pour les victimes de l’affaire Love Canal. Deux raisons à cela : d’une part, s’attaquer à une municipalité, à une riche communauté, à de puissants groupes industriels était impensable à cette époque aux États-Unis. D’autre part, les problèmes environnementaux n’étaient pas pris en compte, on n’y pensait pas, on les mettait de côté, et l’on préférait considérer les bénéfices financiers réalisés que les conséquences écologiques. Le personnage de Dirk est donc fictif, mais il permet de rappeler au lecteur la vérité historique de ce qui fut l’un des plus grands scandales liés à l’environnement de l’histoire américaine.

La ville de Niagara Falls telle qu’elle est décrite dans Les Chutes est un endroit étrange, à la fois lieu de destination privilégié pour les couples en lune de miel, en raison du site exceptionnel des chutes, « paradis du suicide » où environ deux personnes se jettent chaque mois, et enfer industriel, plus grande concentration d’industrie chimique des États-Unis, avec toutes les conséquences environnementales qui en découlent. La ville des Chutes est divisée en deux : la ville riche et touristique où vivent Dirk et Ariah Burnaby et leurs semblables, loin de la pollution ; et la ville ouvrière, celle qu’habite Nina Olshaker. Ce qui est reproché à Dirk Burnaby, c’est de faire communiquer ces deux villes, qui en temps ordinaire s’ignorent et ne se mêlent jamais. Dirk trahit sa classe sociale, ses amis, sa famille, car il a osé quitter sa sphère propre. La réhabilitation finale de Dirk ne signifie pas que les problèmes environnementaux de Niagara Falls sont résolus, loin s’en faut. En effet, la cérémonie d’hommage à Dirk se passe du côté propre et sain de la ville : « Ailleurs à Niagara Falls l’air de ce 21 septembre 1978 est lourd, à peine respirable ; une texture de tissu pourri traversé par un soleil moutarde corrosif. » Un long chemin reste donc à parcourir.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L'affaire Love Canal >